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 La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide

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Miss Artemis Holmes
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MessageSujet: La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide   La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide Icon_minitimeDim 19 Déc - 19:05

C'est le challenge Pièces de théâtre qui m'a donné envie d'ouvrir un topic sur les auteurs antiques, et plus particulièrement les tragédies grecques. Very Happy

Dans ce topic, n'hésitez pas à venir donner votre avis sur les pièces de Sophocle, Euripide ou encore Eschyle et parler de ces personnages si marquants d'Antigone, Œdipe, Médée, Oreste, Electre, Clytemnestre, et tant d'autres !

Pour commencer, quelques éléments sur ces auteurs à qui le théâtre doit tant (je les mets en spoiler pour que ce ne soit pas trop long Wink )

Eschyle
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Spoiler:
 
Sophocle
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Euripide

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Spoiler:
 

Si vous voulez des informations plus détaillées, je vous renvoie vers les pages Wikipedia qui semblent bien documentées :
Sophocle Arrow
Eschyle Arrow
Euripide Arrow
Article sur la tragédie grecque Arrow



De mon côté, c'est Sophocle que je connais le mieux, et qui fait partie de mes auteurs préférés. Son Antigone est un de mes textes préférés, que j'ai découvert en en travaillant des scènes La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide 312935 Ce que j’aime dans la tragédie grecque, c’est la force des textes, leur poésie. Les émotions et réactions des personnages sont toujours exacerbées, et ne souffrent pas de demi-mesure. C’est par exemple la colère, la vengeance, la justice qui les anime, et qui les font parler et agir. On voit, en tant que spectateur, que leur sort est scellé, leur destiné inéluctable. Et pourtant on voit ces personnages se débattre avec leur sort, résister au destin, ne pas se laisser soumettre, ne pas se laisser abattre.

C’est bien le cas de Médée d'Euripide, dont je vais vous parler, et que je l'ai lu dans le cadre du Challenge Théâtre. Very Happy

La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide 3346f5x
Affiche d’Alphonse Muncha, 1898

Voici les enjeux de l'histoire, dits par La Nourrice en tout début de pièce :

Citation :
LA NOURRICE : Plût aux dieux que le navire Argo n'eût pas volé par-delà les Symplégades bleu sombre vers la terre de Colchide, que dans les vallons du Pélion le pin ne fût jamais tombé sous la hache et n'eût armé de rames les mains des héros valeureux qui allèrent chercher pour Pélias la Toison toute d'or! Ma maîtresse Médée n'eût pas fait voile vers les tours du pays d'Iôlcos, le cœur blessé d'amour pour Jason. Elle n'eût pas persuadé aux filles de Pélias d'assassiner leur père et n'habiterait pas ici en cette terre de Corinthe avec son mari et ses enfants. Elle plaisait d'abord aux citoyens du pays où elle s'était réfugiée et elle vivait dans une entente parfaite avec Jason; or c'est bien là que se trouve la meilleure des sauvegardes, quand la femme n'est jamais en désaccord avec son mari. Maintenant tout lui est hostile; elle est atteinte dans ses affections les plus chères : Jason trahit ses enfants et ma maîtresse et entre dans une couche royale; il épouse la fille de Créon, qui règne sur le pays. Médée, l'infortunée! outragée, à grands cris atteste les serments, en appelle à l'union des mains, le plus fort des gages; elle prend les dieux à témoin de la reconnaissance qu'elle reçoit de Jason. Affaissée, sans nourriture, elle abandonne son corps à ses douleurs; elle consume ses jours entiers dans les larmes depuis qu'elle connaît la perfidie de son mari; elle ne lève plus les yeux ni ne détache du sol son regard; elle semble un roc ou le flot de la mer quand elle écoute les consolations de ses amis. Parfois cependant elle détourne son cou éclatant de blancheur, et, en elle-même, elle pleure son père aimé, sa patrie, son palais, qu'elle a trahis et quittés pour suivre l'homme qui la tient aujourd'hui en mépris. Elle sait, la malheureuse, par son propre malheur, ce qu'on gagne à ne pas quitter le sol natal. Elle abhorre ses fils; leur vue ne la réjouit plus. Je crains qu'elle ne médite quelque coup inattendu : c'est une âme violente; elle ne supportera pas l'outrage; je la connais et j'ai peur qu'elle n'entre sans rien dire dans l'appartement où est dressé son lit et ne se plonge un poignard aiguisé à travers le foie, ou encore qu'elle ne tue la princesse et son mari et qu'ensuite elle ne s'attire ainsi une plus grande infortune. Elle est terrible! Non certes, il ne sera pas facile, à qui aura encouru sa haine, de remporter la couronne de victoire. — Mais voici les enfants qui reviennent de s'exercer à la course; ils ne pensent pas aux malheurs de leur mère : une âme jeune n'a point coutume de souffrir.

Médée est folle de colère, de jalousie, déborde d'une soif de vengeance qui va l'emporter jusqu'au meurtre de sa rivale et à l'infanticide pour se venger de son mari. Elle est dans la démesure, la destruction mais aussi l'auto-destruction. Et pourtant dans ce monstre, on se surprend à la pitié car son époux l'a en effet traitée de manière injuste.
Tout au long de la pièce, la tension va monter, car comme le dit le coryphée:
Citation :
LA CORYPHÉE : Terrible et difficile à guérir est généralement la colère quand ce sont des êtres chers que met aux prises la discorde.
Médée refuse tout compromis. Sa violence se déchaîne et rien ne peut l’arrêter. Même l'amour pour ses enfants n'est pas suffisant pour les laisser vivre. Elle doute, hésite, mais finalement commet l'irréparable pale

Ce texte est très impressionnant. La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide 94134 La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide 312935

Si vous voulez le lire, il est disponible study ici study



Et vous, avez-vous lu certaines de ces pièces ? Qu'en avez-vous pensé ? Very Happy
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Popila
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MessageSujet: Re: La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide   La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide Icon_minitimeDim 19 Déc - 19:23

Comme j'ai fait des études de lettres classiques, je connais assez bien ces auteurs, dont j'ai traduit de nombreux extraits. Le plus difficile est sans doute Eschyle, mais la pièce intitulée Les Perses, qui évoque les guerres qui opposa les Grecs aux Perses, est fascinante.

Sophocle est un auteur plus accessible ; j'ai étudié Oedipe-Roi en Terminale pour le baccalauréat. Au départ, j'étais très déçue, car j'aurais préféré que l'on étudie Antigone, une pièce que je trouve captivante, et qui comprend de très beaux choeurs, mais nous avions un jeune professeur qui nous a fait comprendre de manière très approfondie et enrichissante tout l'intérêt de cette oeuvre, qui comporte une très belle suite, plus apaisée, Oedipe à Colone. J'ai lu les sept tragédies qui nous restent de Sophocle, et j'ai dû traduire des extraits d'Ajax, une pièce sur la folie qui s'empare d'un des héros de L'Iliade. Les dieux apparaissent comme des êtres particulièrement cruels dans cette pièce !

Euripide est sans doute l'auteur le plus proche de nous parmi les trois grands poètes tragiques grecs ; il est souvent comparé à Racine, qui s'est souvent resservi du canevas de ses pièces. J'ai traduit de longs extraits de Médée, une pièce que j'ai beaucoup aimée, en particulier le passage où l'on rapporte à Médée le fait que la couronne et le vêtement qu'elle a offerts à la nouvelle fiancée de Jason se sont enflammés une fois que la jeune femme les a revêtus. C'est un passage à la fois terrible et beau. Sinon, j'ai aussi traduit Les sept contre Thèbes, une pièce que j'ai trouvé absolument interminable et qui traite de la guerre qui opposa Etéocle et Polynice, les deux fils d'Oedipe. Par contre, cette pièce est assez originale, car elle n'est pas conforme à la légende la plus populaire qui entoure Oedipe.

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Akina
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MessageSujet: Re: La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide   La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide Icon_minitimeLun 20 Déc - 9:48

Merci pour ce topic Miss Artemis Holmes !!

A la volée, comme ça, les deux pièces qui m'ont le plus marquée, ce son Antigone de Sophocle et Médée d'Euripide.

Antigone, je l'ai lu juste après l'Antigone d'Anouilh. Celle d'Anouilh m'avait fait pleurer comme une madeleine et je n'imaginais pas que la pièce antique put être mieux. Et ben si.
Toute en retenue, toute en délicatesse, sobre et profondément émouvante, c'est une pièce extraordinaire.
Popila, tu me donnes envie de lire Oedipe-roi et Oedipe à Colonne ...

Quant à Médée, je l'ai aussi découverte grâce aux cours de grec, en traduisant le même passage que toi, Popila ! Ce passage est terriblement émouvant : on savoure à la fois la joie que Médée éprouve en se vengeant, et la douleur de la fiancée qui, joyeuse et heureuse comme une jeune mariée, meurt dans d'atroces souffrance.
Mais le passage que je préfère dans cette pièce est ce long monologue de Médée où elle hésite à tuer ses enfants, où la vengeance de la femme trompée se bat dans son coeur avec l'amour de la mère. C'est pour moi la tragédie dans son sens le plus pur !

Les Perses, je veux absolument le lire !
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MessageSujet: Re: La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide   La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide Icon_minitimeDim 2 Jan - 19:49

Merci beaucoup pour vos avis, les filles ! Very Happy Je n'ai pas eu la chance d'étudier d'extraits de ces auteurs lors de mes études (qu'est ce que j'aurais aimé ! drunken ) et j'ai découvert ces textes par hasard, grâce à un professeur de théâtre qui m'a fait travailler Antigone, et en allant voir L'Orestie d'Eschyle au théâtre de l'Odéon (en 2000 je crois). Je me souviens que la mise en scène était particulièrement sanglante pale mais ces pièces m'ont marquée malgré tout ! La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide 94134


Popila a écrit:
J'ai traduit de longs extraits de Médée, une pièce que j'ai beaucoup aimée, en particulier le passage où l'on rapporte à Médée le fait que la couronne et le vêtement qu'elle a offerts à la nouvelle fiancée de Jason se sont enflammés une fois que la jeune femme les a revêtus. C'est un passage à la fois terrible et beau.

Pour le plaisir, je suis allée chercher le passage Wink (source : Arrow )

LE MESSAGER : Après que les enfants, ta double descendance, furent arrivés avec leur père et entrés dans la demeure nuptiale, nous nous réjouissions, nous les esclaves qui compatissions à tes maux : car de bouche en bouche aussitôt courut avec insistance le bruit que toi et ton mari vous aviez mis fin à votre ancienne querelle. L'un baise la main, l'autre la tête blonde de tes fils, et moi aussi, plein de joie, dans l'appartement des femmes je suivis les enfants. Or la maîtresse qu'aujourd'hui à ta place nous honorons, avant d'apercevoir le couple de tes enfants, fixait sur Jason un regard plein d'ardeur. Mais ensuite elle se couvrit les yeux, pâlit et détourna sa joue, saisie d'horreur à l'entrée de tes fils. Ton mari voulut apaiser la colère et le ressentiment de la jeune femme. Il lui dit : « N'aie pas de haine pour ceux qui t'aiment. Renonce à ta colère et retourne la tête de ce côté. Vois des amis dans les amis de ton mari. Accepte ces présents et demande à ton père de faire grâce de l'exil à ces enfants, pour l'amour de moi. » Mais dès qu'elle eut vu la parure elle ne résista plus et accorda tout à son mari. Tes fils et leur père ne s'étaient pas éloignés du palais qu'elle avait pris les voiles brodés et s'en était revêtue. Elle place la couronne d'or sur ses boucles. Devant un clair miroir elle arrange sa chevelure, souriant à l'image inanimée de sa personne. Puis elle se lève, descend du trône, s'en va par l'appartement. Gracieusement s'avance son pied si blanc. Les présents la transportent de joie. Encore et encore elle se dresse sur la pointe des pieds et regarde son talon. Mais ensuite ce fut un spectacle horrible à voir : elle change de couleur; pliée en deux, elle recule; ses membres tremblent; elle n'a que le temps de se laisser tomber sur le trône pour ne pas s'abattre à terre. Une vieille servante, croyant que ce sont là peut-être les fureurs de Pan ou de quelque dieu qui la saisissent, pousse le cri de la supplication. Mais bientôt elle lui voit à la bouche venir une blanche écume, dans leur orbite les pupilles se retourner, le sang abandonner le corps. Alors, au lieu de sa plainte religieuse, elle lance une longue lamentation. Aussitôt l'une se précipite à la demeure du père, l'autre vers le nouveau mari pour leur apprendre le malheur de l'épousée. Tout le toit résonne de courses multipliées. Déjà, forçant l'allure, un rapide coureur aurait franchi les six plèthres et atteint le but que, jusque-là sans voix et évanouie, la malheureuse poussant un terrible gémissement revient à elle. Car un double fléau s'attaquait à sa personne : le diadème d'or posé sur sa tête lançait un prodigieux torrent de feu dévorant et les voiles légers, présents de tes enfants, mordaient la chair blanche de l'infortunée. Elle fuit, s'étant levée du trône, embrasée, secouant sa chevelure et sa tête en tous sens, pour rejeter la couronne : mais l'or restait fixé à sa tête, soudé, et le feu quand elle secouait plus fort sa chevelure redoublait d'éclat. Elle tombe sur le sol, vaincue par l'infortune, entièrement méconnaissable sauf pour son père : on ne distinguait plus la place de ses yeux ni la grâce de son visage; le sang, du sommet de sa tête, dégouttait au milieu des flammes; les chairs, comme la larme du pin, sous la dent invisible du poison, des os se détachaient, affreux spectacle! Tous redoutaient de toucher le cadavre : son sort était pour nous une leçon. Or son père, le malheureux! dans son ignorance de la calamité, soudain entre dans l'appartement, se jette sur le cadavre, gémit aussitôt, enveloppe le corps de ses bras, le baise en disant : « Pauvre enfant! Qui des dieux t'a fait périr aussi indignement ? Lequel m'a privé de toi, moi un vieillard, un tombeau ? Hélas! puissé-je mourir avec toi, mon enfant! » Puis quand il eut fini ses lamentations et ses sanglots, il voulut redresser son vieux corps, mais il adhérait, comme un lierre à des rameaux de laurier, aux voiles fins; et c'était une lutte horrible. Lui voulait soulever son genou et elle le retenait. S'il tirait avec force, ses vieilles chairs s'arrachaient de ses os. Enfin il renonça et rendit l'âme, l'infortuné! car le mal était plus fort que lui lu. Ils gisent morts, la fille et le vieux père, à côté l'un de l'autre. Que de larmes mérite leur infortune! Pour moi, de ce qui te regarde, je suis empêché de parler : tu connaîtras toi-même le juste retour du châtiment. La vie des mortels! ce n'est pas d'aujourd'hui que je la considère comme une ombre et je dirai sans trembler que ceux des humains qui passent pour habiles et avides de science sont condamnés à la plus dure des peines. Parmi les mortels, il n'est pas un homme heureux. L'opulence, quand elle afflue, peut donner à l'un plus de succès qu'à l'autre, mais le bonheur, non.



Akina a écrit:
Mais le passage que je préfère dans cette pièce est ce long monologue de Médée où elle hésite à tuer ses enfants, où la vengeance de la femme trompée se bat dans son coeur avec l'amour de la mère. C'est pour moi la tragédie dans son sens le plus pur !
C'est vrai qu'en lisant Médée, on comprend ce qu'est la tragédie !
S'agit-il de ce passage dont tu parles ?

MÉDÉE : [...]O mes enfants, mes enfants, vous avez donc une cité, une demeure où, m'abandonnant à mon malheur, vous vivrez pour toujours, privés de votre mère. Et moi je m'en irai en exil vers une autre terre avant de jouir de vous deux et de vous voir heureux, avant de vous avoir mariés, d'avoir paré votre couche nuptiale et levé pour vous les torches de l'hyménée! Ah! malheureuse que je suis à cause de mon orgueil! C'est donc en vain, ô mes enfants que je vous ai élevés, en vain aussi que j'ai peiné, que j'ai été déchirée par les souffrances, que j'ai supporté les terribles douleurs de l'enfantement! Ah! oui, jadis, infortunée! combien d'espérances avais-je placées en vous! Vous me nourrissiez dans ma vieillesse et, après ma mort, vos mains m'ensevelissaient pieusement, chose enviée des hommes. Maintenant c'en est fait de cette douce pensée. Car privée de vous je traînerai une vie de tristesse et de souffrances. Et vous, votre mère, jamais plus vos yeux chéris ne la verront : vous serez partis vers une autre forme d'existence. Hélas ! hélas ! pourquoi tournez-vous vers moi vos yeux, mes enfants ? Pourquoi m'adressez-vous ce dernier sourire ? — Malheur! Que faire ? Le cœur me manque, femmes, quand je vois le regard brillant de mes enfants. Non, je ne pourrais pas. Adieu, mes anciens projets. J'emmènerai mes fils loin du pays. Pourquoi me faut-il, pour torturer leur père par leur malheur à eux, redoubler mes malheurs à moi ? Non, non, pas moi. Adieu, mes projets. Mais quoi ? Je veux être condamnée à la risée en laissant mes ennemis impunis ? Allons! de l'audace! Ah! quelle est ma lâcheté d'abandonner mon cœur à ces faiblesses! Rentrez dans le palais, mes enfants. (Elle lève le bras vers le Soleil.) Celui à qui Thémis interdit d'assister à mon sacrifice, cela le regarde, mais je ne laisserai pas faiblir ma main. Hélas ! Non, mon cœur, non, n'accomplis pas, toi, ce crime. Laisse-les, malheureuse! Épargne tes enfants. Ils vivront là-bas avec moi et seront ma joie. Non, par les vengeurs souterrains de l'Hadès, il n'arrivera jamais que je livre moi-même mes fils aux insultes de mes ennemis. Il faut absolument qu'ils meurent; puisqu'il le faut, c'est moi qui les tuerai, qui les ai mis au monde. C'est chose faite, inévitable. D'ailleurs, la couronne sur la tête, dans ses voiles, la royale épousée expire; j'en suis sûre, moi. Allons! puisque je vais entrer dans la voie des plus terribles malheurs et leur faire prendre une voie plus funeste encore, je veux dire adieu à mes fils. Donnez, mes enfants, donnez à baiser votre main droite à votre mère. O main adorée, ô bouche adorée, traits et visage si nobles de mes enfants! Puissiez-vous être heureux tous les deux, mais là-bas! Le bonheur ici-bas, votre père vous l'a ravi. O doux embrassement! ô délicieuse peau! ô haleine si douce de mes enfants! — Allez-vous-en! Allez-vous-en! Je ne suis plus capable de tourner mes regards vers mes fils. Je suis vaincue par les malheurs. Je sais les crimes que je vais oser, mais ma colère est plus puissante que ma volonté et c'est elle qui cause les plus grands maux aux mortels.

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Akina
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MessageSujet: Re: La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide   La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide Icon_minitimeMer 5 Jan - 17:13

C'est terrible et beau.
Que j'aime ces deux passages...
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Séverine
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Séverine


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MessageSujet: Re: La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide   La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide Icon_minitimeMer 5 Jan - 20:02

Ah oui! C'est vrai que c'est carrément beau et ça donne vraiment envie de connaitre le reste, si tout le reste ressemble à ces deux passages. Merci Artemis, je vais peut-être me laisser tenter, pourquoi pas, alors que jusqu'à présent, j'avais un peu peur de ces pièces, pensant que ce serait difficilement abordable, voir même ennuyeux... Enfin, j'étais bête et pas franchement curieuse. Merci d'avoir susciter l'envie.
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MessageSujet: Re: La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide   La tragédie grecque: Eschyle, Sophocle, Euripide Icon_minitime

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