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 Jane Eyre, Charlotte Brontë

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resmiranda
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MessageSujet: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Mar 6 Juil - 19:18

Comme vous le savez, ces mois de juillet et août sont consacrés à la lecture de groupe du merveilleux romans de Charlotte Brontë : Jane Eyre.


Je vous invite donc à venir poster ici vos avis sur ce livre durant cet été.

Voici, pour vous aider, quelques petites questions :

Question Quels sont vos personnages secondaires préférés ? Vos chapitres préférées ?
Question Que pensez-vous de l'importance du féminisme et de la religion dans ce roman ?
Question Jane Eyre est une personne dotée de principes très forts et d'une droiture à toutes épreuves. Avez-vous parfois été agacé par ce manque de flexibilité ? Si oui à quel moment ?
Question Que pensez-vous du dénouement de l'histoire, est-ce que vous vous y attendiez ?
Question Que pensez-vous des différents lieux où se déroule l'histoire ?
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Miss Chocolat
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Mar 6 Juil - 22:54

cheers Cool, la lecture de groupe commence.

Par contre, on va à son rythme. Pas de découpage pour pouvoir discuter au fur et à mesure ?
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resmiranda
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Mer 7 Juil - 7:06

Non pas de découpage Very Happy La seule "contraintre" est de le lire en juillet ou en août Wink
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Miss Chocolat
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Mer 7 Juil - 12:54

Ok. Bah, c'est partie alors. J'ai hâte de pouvoir en discuter avec vous bounce Ce sera ma deuxième lecture seulement de ce roman tongue
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Popila
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Sam 10 Juil - 10:44

Comme je compte faire à nouveau étudier ce roman à l'une de mes classes l'an prochain, et que j'aimerais améliorer certains éléments de mon cours, je participerai avec plaisir à cette relecture. Wink

_________________
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Akina
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Mar 20 Juil - 18:07

Je viens de finir de relire la première partie (jusqu'à son départ de l'internat) et je ne peux pas m'empêcher de venir poster ici avant même d'avoir fini.
C'est une des parties que je préfère, parce qu'elle ressemble plus à un témoignage qu'à une entrée de roman. Finalement, à part présenter brièvement la personnalité de Jane, ces quelques chapitres ne servent pas à grand chose pour la suite du récit.
Ce qui est écrit sur la condition de Jane et de ses semblables est glaçant : imaginer cette petite à la merci d'une tante odieuse puis d'un directeur d'école tyrannique me donne toujours des frissons. Je suis également très sensible à la manière dont les différences de rang sont mises en exergue : le sermon de Brocklehurst sur la coiffure idéale d'une jeune fille (des cheveux sagement coiffés dans le cou, et jamais trop longs) suivi de l'apparition de ses filles, aux cheveux soigneusement bouclés, en est la parodie. Les détails (Bessie qui gronde Jane tout en sachant très bien ce qui s'est produit, les brocs remplis d'eau gelée le second matin à l'école, la description par le menu des repas ou des punissions corporelles) rendent tout cela très réaliste.
Charlotte Brontë profite de l'audience que lui donne son roman pour dénoncer un certain nombre d'actes que les Mrs Reed et les Mr Brocklehurst de la réalité font subir aux écoliers.

> Quels sont vos personnages secondaires préférés ?
J'avoue un faible pour Bessie, dans cette partie, que je trouve adorable de gentillesse et de chaleur humaine, même si elle n'est pas toujours très courageuse. A l'autre extrémité, Miss Temple, toute retenue et réserve, est faite pour être aimée. Elle est comme un double parfait de Jane.
Les méchants, Mrs Reed, Master Reed et ses grosses lèvres lippues, et Mr Brocklehurst, sont très réussis. Ils sont détestables à souhait, mais gardent suffisament d'humanité (et Charlotte Brontë suffisament d'humour) pour être pathétiques : Mrs Reed terrorisée par les menaces surnaturelles d'une gamine de 10 ans en perd tout pouvoir de nuisance.

>Que pensez-vous de l'importance du féminisme et de la religion dans ce roman ?
La religion est très présente : on parle de faire ses prières, de vivre dans la crainte de Dieu, etc. à toutes les pages. Mais plusieurs formes de religion apparaissent. Outre le sectarisme d'un Brocklehurst, la religion apparait dans les croyances populaires de Bessie et des siens, où Dieu cohabite avec les fées et les lutins, et surtout dans les extases divines d'une Helen Burns.
C'est assez amusant de voir autant de diversité, pour une seule et même religion !
Le féminisme est encore assez peu présent ; je le trouve caché derrière la dénonciation des inégalités et des mauvais traitements.

>Jane Eyre est une personne dotée de principes très forts et d'une droiture à toutes épreuves. Avez-vous parfois été agacé par ce manque de flexibilité ?
Pour l'instant, c'est pas elle la pire ! (comparée à Helen Burns ... En voilà une qui m'exaspère !)
C'est plutôt un trait de caractère qui me touche chez elle, sans doute parce que l'éducation qu'elle a reçu montre comment on l'a forcée à dompter un caractère fantasque. Et sa droiture et son refus de se laisser marcher sur les pieds me la rende vraiment sympathique.
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resmiranda
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Ven 23 Juil - 17:58

Merci Akina pour cette première contribution. Je compte m'y mettre très bientôt pour pouvoir venir en discuter moi aussi. Je dois dire que je me souviens assez peu de la première partie du roman (allez savoir pourquoi je me souviens essentiellement des chapitres où apparait un certain E.F.R. lol! ).
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Akina
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Mer 28 Juil - 21:35

Je poursuis ma lecture de Jane Eyre, et je viens de finir la partie centrale du roman : son séjour à Thornfield.
Mon billet pourra contenir des spoilers : je vous déconseille donc de le lire si vous n'avez encore jamais lu Jane Eyre.

L'histoire prend un tour plus romantique, non seulement par ce qui est raconté (l'histoire d'amour contrariée entre Jane et Rochester), mais aussi par l'ambiance et le cadre général : un vieux château perdu dans la campagne, loin de tout lieu habité, une présence diffuse du surnaturel (le mystère Grace Poole, bien sûr, mais aussi les comparaisons entre Jane et un elfe, l'arrivée de Rochester monté sur son cheval noir, la présence de fantômes, voire de vampires, les rêves prémonitoires, etc.).
Si l'histoire pourrait faire penser à du Jane Austen, du Elizabeth Gaskell, la manière dont elle est traitée est vraiment gothique.

Cette partie permet d'introduire beaucoup de personnages secondaires : Mrs Fairfax, Adèle, Miss Ingam pour ne citer que les principaux. Mais ces personnages sont souvent réduits à la plus simple expression. Un ou deux traits de caractère suffisent à les décrire. Ainsi, Mrs Fairfax est la bonté maternelle, Adèle la joie et l'insouciance (avec une pointe de coquetterie, française, bien sûr), Miss Ingam la noblesse et la majesté, ...
Il n'y a aucune volonté chez Brontë de décrire la société, et d'en faire une satire. Les personnages secondaires ne sont là que comme un décors dans lequel se passe un huis clos, entre Jane et Rochester.
Voire même entre Jane et sa conscience. Car là, on la découvre, la conscience de Jane, son sentiment du "bien" et du "mal". La scène où elle se mortifie en traçant son portrait et celui, imaginaire, de Miss Ingam est révélatrice de tout la partie : non, l'amour de Rochester n'est pas pour moi, je ne suis pas assez bien pour lui. Même quand elle est certaine de l'avoir, durant leur mois de fiançailles, elle se plait à gâcher les efforts de Rochester pour lui faire plaisir.
Pas de mots tendres, pas de soieries, pas de gestes d'amour pour Jane Eyre ! C'en est effrayant !

Comme le remarque Rochester à plusieurs reprises, elle a une morale sévère et rigide (comme par exemple lors de la discussion où il lui demande si elle serait prête à l'aider et qu'elle répond : "I like to serve you, sir, and to obey you in all that is right.")

Malgré tout, le texte porte une certaine forme de militantisme, sur le statut des professeurs et, plus généralement, sur celui de la femme.
Le statut des gouvernantes est évoqué en creux, principalement par les craintes que soulève Jane, qui se réalisent pas dans le havre de paix qu'est Thornfield. Le discours que porte Mrs et Miss Ingam sur elles est terrible. Les pauvres n'ont droit à rien : ni au respect de leurs élèves, ni à l'estime de leurs patrons, ni à l'amour, ni à la coquetterie. Je trouve cela très triste (et Miss Ingam une vraie garce mais ça ... on s'en doute très vite).
Le féminisme est abordé dans des réflexions de Jane :"Women are supposed to be very calm generally : but women feel just as men feel; they need exercise for their faculties, and a field for their efforts as much as their brothers do; they suffer from too rigid a restraint, too absolute a stagnation, precisely as men would suffer; and it is narrow-minded in their more privileged fellow-creatures to say that they ought confine themselves to making embroidering bags."
Je trouve que c'est un discours très courageux dans l'Angleterre victorienne ! Je ne pense pas qu'il était facile de défendre cette position, surtout quand on voit la position légale de la femme à cette époque.
Elle se pose également la question de son indépendance financière dans ce mariage, qui est une question très moderne, je trouve : "if I had but a prospect of one day bringing Mr Rochester an accession of fortune, I could better endure to be kept by now."

Sur ce, je vais aller me coucher. Je continuerai peut-être demain - ce roman est tellement riche !
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Akina
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Jeu 5 Aoû - 14:25

Ça y est, j'ai fini Jane Eyre !

Attention, ce qui suit contient des spoilers !

La dernière partie n'est pas ma préférée... Je trouve que la religion et la morale deviennent beaucoup trop présente ; j'ai parfois envie de gifler Jane Eyre : quand elle fuit Rochester (!!!), quand elle se laisse bercer par le sectarisme de St-John, quand elle accepte de partir en Afrique, en sachant très bien que ce sera sa mort, quand ...
Par ailleurs, je n'aime pas du tout la fin : Pourquoi faut-il retrouver Rochester handicapé ? Comme si il était puni d'avoir voulu épouser Jane malgré Bertha Mason et de décider de sa propre vie, sans suivre le "destin guidé par une puissance surnaturelle"...
Tout cela a tendance à m'exaspérer.

> Quels sont vos personnages secondaires préférés ?

J'adore les deux soeurs de St-John ! Je trouve qu'elles ont absolument toutes les qualités, le coeur, l'intelligence, la tendresse, la patience, la joie de vivre... Je m'en serais bien fait des amies !
J'ai aussi beaucoup de tendresse avec leur servante : elle n'est pas gentille avec Jane, mais elle l'a fait par amour pour les deux jeunes filles, et je trouve cela touchant.

En revanche, St John me porte sur les nerfs, à un point que vous ne pouvez pas imaginer !

>Que pensez-vous de l'importance du féminisme et de la religion dans ce roman ?

La religion, j'en ai déjà parlé ...
Le féminisme est encore bien présent dans cette partie : Jane parle souvent d'être indépendante financièrement, de pouvoir gagner sa vie, ce qui est encore je trouve une thématique très moderne. Elle se prend en main, et refuse de se laisser dicter sa vie.

>Jane Eyre est une personne dotée de principes très forts et d'une droiture à toutes épreuves. Avez-vous parfois été agacé par ce manque de flexibilité ?
Agacée, oui. Je ne comprends pas pourquoi elle part ; je ne comprends pas pourquoi elle se refuse à être heureuse et se rajoute des barrières. Je sais très bien que l'époque voulait cela, et qu'elle ne pouvait pas être la compagne de Rochester sans le sacrement du mariage. Mais ne pouvait-elle pas rester à ses côtés ? A-t-elle besoin de souffrir, et de le faire souffrir, juste pour préserver je ne sais quelle morale ?
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Popila
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Mar 10 Aoû - 9:53

Je vais enfin prendre le temps de rebondir sur ce qu'a posté Akina et de répondre aux questions posées par Resmiranda. Wink

Sur la partie sur l'enfance :

Je sais que la première fois que j'ai lu ce roman, j'ai été embarquée dès la première page. C'est la partie la plus réaliste du récit, je trouve : Jane Eyre est une enfant brimée, rejetée de tous. Ses débuts dans la vie sont très durs, et pourtant, elle est animée d'un sentiment de révolte liée aux injustices dont elle est victime.

Quelques pointes d'humour et d'ironie, cependant, en particulier lorsqu'il est question de Brocklehurst, un personnage terrifiant pour une enfant de cet âge, mais aussi pour une adulte qui voit clair dans son jeu et devine son hypocrisie. J'aime tout particulièrement les réponses que fait Jane lorsqu'il lui fait subir un interrogatoire chez Mrs Reed, ou encore la façon dont elle juge ridicule son sermon sur les cheveux et les robes de soie, sermon contredit par l'arrivée de la famille du pasteur.

La description de l'école et des conditions de vie des enfants a quelque chose d'effrayant.

Quelques personnages pour illuminer cette enfance bien sombre : Helen Burns, "la sainte", et Miss Temple.

Malgré cet aspect réaliste, cette première partie comprend une scène qui relève plutôt du domaine fantastique cette fois, avec des aspects fantasmatiques et symboliques effrayants - l'épisode de la chambre rouge, qui effraye l'enfant parce que son oncle y est décédé. C'est un épisode qui en annonce d'autres au moins aussi effrayants dans le roman, et où le feu et le sang jouent un grand rôle.

Quels sont vos personnages secondaires préférés ?

Contrairement à Akina, je ne suis pas une grande fan de Bessie. A ma décharge, dans la première édition de Jane Eyre que j'ai lue, les passages où elle apparaissait sous un jour un peu plus sympathique avaient été supprimés. Je sais bien qu'elle s'efforce de faire ce qu'elle peut pour l'enfant, et que ce n'est pas évident, étant donné son statut, mais je la trouve néanmoins assez lâche, et j'ai du mal à passer entièrement par dessus cette lâcheté.

Que pensez-vous de l'importance du féminisme et de la religion dans ce roman ?

Ce sont deux aspects très présents, et ce dès le début du roman, de par les personnages. Cependant, malgré cette atmosphère religieuse, je suis frappée par les éléments païens du récit, mélange qui en fait pour moi toute la valeur.

Même si la religion compte beaucoup pour Jane, elle n'a aucune complaisance pour l'hypocrisie et la sottise de Brocklehurst, qui parle constamment de l'enfer dans ses sermons, ce qui empêche les petites du pensionat de dormir. Par ailleurs, ses réponses à l'interrogatoire de Brocklehurst, même si elles sont celles d'une enfant, sont très osées.

Surtout, l'atmosphère fantastique qui baigne le récit, en particulier lors de la rencontre de Rochester et de Jane, où il est fait allusion par Jane à un esprit, le Gytrash, qui prend parfois l'apparence d'un gros chien, et la façon dont cette scène est vue ensuite par Rochester - il s'est demandé un vague moment si Jane n'était pas en réalité une sorcière, un lutin, ou un farfadet, rend le roman extrêmement intéressant.

En outre, Rochester, dont Jane tombe amoureuse, est souvent assimilé au diable, mais à un diable extrêmement séduisant. Ainsi, sa rencontre avec Jane, lorsqu'il tombe de cheval, est très révélatrice. Rochester apparaît, à l'image de Lucifer, comme un ange tombé. Il peut être bon, mais son âme est corrompue, et quand la méchanceté refait surface, son regard est qualifié de diabolique. C'est tout sauf un saint, et en cela, il diffère profondément de Saint John, qui n'est pourtant pas moins effrayant dans sa dimension fanatique. Ces deux personnages masculins incarnent l'un et l'autre les aspirations de Jane vers la sainteté d'une part, avec le personnage de Saint John qui peut faire songer, par bien des aspects, à l'Helen Burns des débuts du roman, et à une vie profane d'autre part, avec Rochester.

Pour ce qui est du féminisme, il est indéniablement présent, en particulier lorsque Jane, quelques mois après être arrivée à Thornfield Hall, s'ennuie (elle n'a pas encore rencontré Rochester). Son plaidoyer sur les femmes au chapitre 12 est extrêmement virulent, et je pense qu'il a dû choquer certaines bonnes âmes au moment de la parution du livre à l'époque victorienne. Tout le roman est d'ailleurs un plaidoyer extrêmement moderne pour l'indépendance des femmes : Jane Eyre occupe une condition servile, mais préfère l'indépendance qu'elle lui procure aux tentatives d'asservissement que Rochester met en place pendant les fiançailles (jolies robes, jolis bijoux, compliments outrés, etc) si bien que Jane a l'impression d'être une courtisane au milieu d'un harem. Ces tentatives sont réitérées une fois le mariage annulé, quand Rochester veut vivre en union libre avec elle. Courageusement, Jane Eyre dit non, ce qui la distingue des fantoches que Rochester a invités avant son mariage pour la rendre jalouse, et en particulier de Blanche Ingram, qui apparaît comme quelqu'un de plutôt pathétique, finalement.

Jane Eyre est une personne dotée de principes très forts et d'une droiture à toutes épreuves. Avez-vous parfois été agacé par ce manque de flexibilité ?
Ben non. C'est grave, docteur ? lol! Je sais que la première fois que j'ai lu le roman, j'ai été choquée qu'elle ne veuille pas rester avec Rochester, mais en relisant le roman, j'ai mieux compris sa décision. Décision extrêmement courageuse, d'ailleurs, car Jane n'est pas absolument sûre que les principes sociaux, religieux et moraux qui la dictent (l'union entre un homme et une femme doit être consacrée par le mariage) soit assurés. Mais pour faire exister ces principes, elle choisit cette solution très douloureuse, parce qu'elle préfère garder le respect qu'elle a d'elle-même plutôt que de payer un bonheur éphèmère au prix fort.

Sinon, ce qui me frappe dans le roman, c'est le mélange de réalisme (les personnages secondaires, qui apparaissent finalement comme assez ordinaires, y contribuent), d'atmosphère gothique (cf le château, comparé à celui de Barbe Bleue ; la folle qui y est enfermée et qui est assimilée à un vampire ; Rochester en mâitre persécuteur ; les rêves prémonitoires, etc) et de romantisme (les personnages sont assez tourmentés, surtout Rochester, même si ce n'est rien comparé aux Hauts de Hurlevent).

Sinon, j'avoue n'être qu'à moitié d'accord avec toi, Akina, lorsque tu dis :
Citation :
Il n'y a aucune volonté chez Brontë de décrire la société, et d'en faire une satire. Les personnages secondaires ne sont là que comme un décor dans lequel se passe un huis clos, entre Jane et Rochester.
Voire même entre Jane et sa conscience. Car là, on la découvre, la conscience de Jane, son sentiment du "bien" et du "mal".
Je pense qu'il ya une satire sociale lorsque les fameux invités débarquent au château : ils sont décrits comme des pantins, des fantoches dépourvus de vie. J'ai toujours rêvé que dans les adaptations, cet aspect soit rendu au moyen d'un maquillage outrancier qui fasse de ces gens ce qu'ils sont : des comédiens, mais assurément pas des êtres doués de chair et de sang. Mais sinon, je suis d'accord avec toi : tout se passe entre Jane et Rochester, et entre Jane et sa conscience ; les contraintes sociales sont rejetées, comme le montrent les scènes avec les invités avant le mariage, et surtout la fin, où Rochester et Jane trouvent la paix "hors du monde", et non pas "dans le monde".

Citation :
Comme le remarque Rochester à plusieurs reprises, elle a une morale sévère et rigide (comme par exemple lors de la discussion où il lui demande si elle serait prête à l'aider et qu'elle répond : "I like to serve you, sir, and to obey you in all that is right.")
C'est vrai. Mais là où le texte est subversif (et on retrouve le mélange paganisme / christianisme dont je parlais tout à l'heure), c'est que Jane fait constamment référence à la religion lorsqu'il est question de Rochester, dont d'une certaine manière (elle le reconnaît elle-même) elle a fait son Dieu (cf fin du chapitre 24). Lorsqu'elle prononce cette phrase, on la jurerait tout droit sortie de la Bible (les fidèles doivent servir le Seigneur).

Lorsqu'après la nuit où la folle a attenté à la vie de Mason, Rochester et Jane se retrouvent dans le jardin, l'héroïne confesse avoir eu peur que la personne enfermée dans la pièce à côté ne fasse irruption, et Rochester répond : "J'aurais été un berger bien négligent si j'avais laissé mon agneau favori sans protection". Cette image du berger qui conduit son troupeau, c'est celle du Christ pasteur d'hommes, d'où le fait que l'agneau soit souvent représenté au porche des églises.

En somme, la religion contamine le texte jusque dans son écriture (il ya en effet beaucoup de références à des psaumes, ou à des ouvrages à caractère religieux - L'Enfer de Milton, Le voyage du pélerin de Bunyan, etc), mais par moment, l'auteur en fait faire un usage subversif à son personnage, puisque jane superpose amour humain et amour divin.

D'ailleurs, la fin, qui peut apparaître assez cruelle, dans un sens (Rochester est très diminué) n'est que l'illustration d'une phrase biblique très dure que Jane prononce pour elle-même dans sa chambre une fois qu'elle a découvert que Rochester l'avait trahie et que le mariage est annulé : la voix de la raison lui conseille en effet (au sens métaphorique) de s'arracher l'oeil droit et la main droite, parce qu'ils sont souillés, c'est-à-dire de s'arracher à Rochester. Ironie du sort, c'est ce qui arrivera à ce dernier à la fin du roman, ces mutilations étant l'instrument de sa rédemption.

Jane Eyre apparaît ainsi comme un être contradictoire, avec un fond de "paganisme" (sentiment de révolte, volonté de profiter de la vie, etc.) auquel se superpose un sentiment religieux très fort qui bride ses aspirations et peut nous la faire apparaître extrêmement rigide. C'est ce mélange d'aspirations contraires qu'elle apprendra, tout au long du roman, à harmoniser, au fil des saisons qui ont un sens très symbolique (lorsque Jane rencontre Rochester, c'est l'hiver, au sens propre comme au sens figuré ; lorsqu'il la demande en mariage, c'est l'été ; lorsqu'elle revient le trouver à la fin, c'est dans un endroit sauvage et isolé du monde, le seul où ils puissent vivre pleinement leur passion).

Voilà, j'ai essayé de résumer mes impressions sur ce roman relu mainte et mainte fois, et dont il est si difficile de faire le tour. J'espère que tout ça ne vous paraîtra pas trop tiré par les cheveux ! Razz Je me rends compte que je n'ai pas du tout évoqué Bertha Mason, mais je pense que nous aurons l'occasion de revenir sur ce personnage, dans ce topic, ou bien lorsque nous aborderons les autres livres de cette lecture de groupe. Wink

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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Mar 10 Aoû - 15:08

Merci Akina et Popila pour vos posts, ils m’ont beaucoup intéressée Very Happy .

Je n’ai pas encore achevé ma propre lecture mais j’aimerais déjà réagir sur quelques points. Je vais essayer de faire ça aussi bien que vous Wink .

Concernant la première partie, j’avoue l’avoir redécouverte grâce à cette lecture de groupe. J’en avais gardé peu de souvenirs (ma dernière lecture remontant à quelques années), souvenirs, qui plus est, biaisés par les différentes adaptations que j’ai pu voir.

Jane dès les premières années de sa vie montre beaucoup de passion dans ses pensées comme dans ses paroles et ses gestes. Elle est plus curieuse et rebelle que dans mes souvenirs : ces différentes réactions face à l’injustice de Mrs Reed ou encore de Blocklehurst sont vives pour une enfant de cet âge. De plus elle a une perception très nette de la personnalité des gens qui l’entourent, elle perce très vite à jour ce même Mr Blocklehurst et passe vite de la crainte au mépris. C’est étonnant de lire que Jane a été heureuse durant cette partie de sa vie malgré ses conditions de vie. Cela renforce cette impression qu’elle possède une « vie intérieure » très riche.
Dans cette première partie, j’ai le plus apprécié le personnage de Miss Temple qui va lui servir de modèle mais un peu agacée par la sainte Helen. Tant d’abnégation me laisse un peu perplexe, mon tempérament se rapprochant plus de celui de Jane à ce niveau.

La religion est un aspect important du roman, on le retrouve souvent au fil des pages. Mais Jane n’est cependant pas dévote à l’extrême. Elle questionne, s’interroge.

Le féminisme est lui aussi un élément important. Comme l’a déjà signalé Popila, le passage où Jane succombe à la monotonie du Thornfield d’avant l’arrivée de son maître est très révélateur de cet aspect :

Citation :
Généralement on croit les femmes très calmes ; mais elles ont la même sensibilité que les hommes ; tout comme leurs frères, elles ont besoin d’exercer leurs facultés, il leur faut l’occasion de déployer leur activité. Les femmes souffrent d’une contrainte trop rigide, d’une inertie trop absolue, exactement comme en souffriraient les hommes ; et c’est étroitesse d’esprit chez leurs compagnons plus privilégiés que de déclarer qu’elles doivent se borner à faire des puddings, à tricoter des bas, à jouer du piano, à broder des sacs. Il est léger de les blâmer, de les railler, lorsqu’elles cherchent à étendre leur champ d’action ou à s’instruire plus que la coutume ne l’a jugé nécessaire à leur sexe.

C’est un passage assez incroyable pour l’époque. De même que la farouche volonté d’indépendance de Jane ou encore lorsqu’elle se proclame l’égale de Rochester à différent moment.

Je l’ai déjà dit mais Jane est quelqu’un de curieux et observateur et peut être sans complaisance et décrire avec beaucoup d’humour ceux qui l’entourent :

Citation :
…et la cuisinière, penchée sur ses creusets, était dans un état physique et moral faisant craindre qu’elle n’entrât en combustion spontanée.

Citation :
…la dimension de ses membres l’emporte, semble-t-il, sur l’ardeur de son sang ou la vigueur de son cerveau.


Popila a écrit:
Je pense qu'il ya une satire sociale lorsque les fameux invités débarquent au château : ils sont décrits comme des pantins, des fantoches dépourvus de vie. J'ai toujours rêvé que dans les adaptations, cet aspect soit rendu au moyen d'un maquillage outrancier qui fasse de ces gens ce qu'ils sont : des comédiens, mais assurément pas des êtres doués de chair et de sang.

Je suis d’accord avec toi.

D’ailleurs l’invitation de Rochester n’est-elle pas avant tout faite dans le but de monter une représentation pour faire réagir Jane qui se retrouve spectatrice de cette mise en scène ?
Elle décrit d’ailleurs Blanche Ingram comme perpétuellement en représentation pour séduire Rochester. Ces invités (et Rochester) s’amusent à se déguiser (les charades ou encore l’épisode de la bohémienne) et plusieurs petites phrases montrent que Jane n’est pas dupe. Toutes ces personnes jouent leur rôle dans la comédie « Rochester et Blanche se font les yeux doux ». Ce sont simplement des figurants en toile de fond, tandis que Rochester et Blanche sont les acteurs principaux vers qui se tournent les regards de Jane. Plusieurs petites phrases y font référence :

Citation :
Après un intervalle suffisant pour permettre aux acteurs de reprendre leur propre costume…

Citation :
Lady Lynn et Lady Ingram continuaient leurs solennels entretiens ; comme deux grandes marionnettes, elles inclinaient leurs deux turbans l’un vers l’autre, levaient leurs quatre mains et se confrontaient en des attitudes de surprise, de mystère ou d’horreur.

Citation :
Parfois comme d’un commun accord, tous suspendaient leurs jeux ou leurs conversations pour observer et écouter les principaux acteurs : car sans aucun doute Mr Rochester et – parce qu’elle était toujours à ses côtés – Miss Ingram demeuraient la vie et l’âme de la société.


Voilà, n’étant pas allée beaucoup plus loin, je vais m’arrêter là pour l’instant.
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Popila
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Mar 10 Aoû - 16:33

resmiranda a écrit:
Je n’ai pas encore achevé ma propre lecture mais j’aimerais déjà réagir sur quelques points. Je vais essayer de faire ça aussi bien que vous Wink.
Tu veux nous faire rougir, ou quoi ? lol!

Citation :
Jane dès les premières années de sa vie montre beaucoup de passion dans ses pensées comme dans ses paroles et ses gestes. Elle est plus curieuse et rebelle que dans mes souvenirs : ces différentes réactions face à l’injustice de Mrs Reed ou encore de Blocklehurst sont vives pour une enfant de cet âge. De plus elle a une perception très nette de la personnalité des gens qui l’entourent, elle perce très vite à jour ce même Mr Blocklehurst et passe vite de la crainte au mépris. C’est étonnant de lire que Jane a été heureuse durant cette partie de sa vie malgré ses conditions de vie. Cela renforce cette impression qu’elle possède une « vie intérieure » très riche.
👍 Je partage entièrement ton ressenti. Wink

Citation :
Dans cette première partie, j’ai le plus apprécié le personnage de Miss Temple qui va lui servir de modèle mais un peu agacée par la sainte Helen. Tant d’abnégation me laisse un peu perplexe, mon tempérament se rapprochant plus de celui de Jane à ce niveau.
Tout pareil. Je pense qu'Helen a fait le choix de ne pas vivre, d'une certaine manière. Elle rejette le monde comme n'ayant rien à lui apporter, parce que sa mère est morte et que son père, remarié, ne se soucie plus guère d'elle. J'ai été frappée malgré tout de voir que ce n'était pas une élève modèle - elle est négligente et n'a pas pour ambition de faire partie des mielleures élèves d'école, et c'est heureux, car son mysticisme, qui nous est devenu quelque peu étranger, peut agacer.

Citation :
Généralement on croit les femmes très calmes ; mais elles ont la même sensibilité que les hommes ; tout comme leurs frères, elles ont besoin d’exercer leurs facultés, il leur faut l’occasion de déployer leur activité. Les femmes souffrent d’une contrainte trop rigide, d’une inertie trop absolue, exactement comme en souffriraient les hommes ; et c’est étroitesse d’esprit chez leurs compagnons plus privilégiés que de déclarer qu’elles doivent se borner à faire des puddings, à tricoter des bas, à jouer du piano, à broder des sacs. Il est léger de les blâmer, de les railler, lorsqu’elles cherchent à étendre leur champ d’action ou à s’instruire plus que la coutume ne l’a jugé nécessaire à leur sexe.
Il est très fort, ce passage ! Shocked Et puis, la manière dont il est rédigé ! On peut dire qu'elle n'y va pas avec le dos de la cuillère. Razz La narratrice s'attend d'ailleurs à être blâmée par certains lecteurs dans ce passage, car la plupart des paragraphes débutent par : "Me blâme qui voudra..." Il me semble que Virginia Woolf a écrit quelque chose sur Charlotte Brontë en faisant référence à ce passage, je vais tâcher de retrouver ça.

Edit : voilà, c'est dans l'édition Pocket dont le dossier est assez bien fait ; on cite un extrait d'Une chambre à soi de Virginia Woolf, où elle analyse les limites et la soif d'évasion de Jane Eyre ; elle cite le passage en question, s'interroge, compare Charlotte Brontë à Jane Austen, semble d'abord admirative de la révolte de l'auteur de Jane Eyre avant de la condamner, car, dit-elle, "elle écrit dans la rage et non dans le calme", ce qui nuit à son génie littéraire. J'avoue que je ne suis pas entièrement Virginia Woolf, mais bon...

Citation :
C’est un passage assez incroyable pour l’époque. De même que la farouche volonté d’indépendance de Jane ou encore lorsqu’elle se proclame l’égale de Rochester à différents moments.

Ah, c'est tout à fait vrai, tu as raison de le souligner, de même que tu as raison de souligner l'humour de l'héroïne et de la narratrice. Les conversations de Jane et de Rochester sont de ce point de vue un vrai régal ! sunny

Et sinon, je souscris entièrement à ton analyse sur le côté théâtral de la mise en scène de Rochester avec Blanche Ingram, mise en scène en réalité destinée à Jane.

La mise en scène et l'artifice font d'ailleurs partie des thèmes du livre, puisque au chapitre 11, la narratrice utilise l'image du théâtre pour évoquer son changement de vie lorsqu'elle passe de Lowood à Thornfield Hall (changement de scène et de décor, en somme) - il faudra d'ailleurs qu'on revienne sur la symbolique des lieux, j'ai vu que c'est une question que tu avais posée et à laquelle j'avais omis de répondre.

Sinon, toujours dans le décryptage des aspects religieux du livre, je voudrais simplement signaler que la scène de demande en mariage, qui a lieu dans un jardin, fait explicitement référence au texte biblique de la Genèse et à Adam et Eve. Interessant de voir que ce jardin est assimilé au Paradis, et de voir quelles seront les conséquences du mensonge de Rochester (l'arbre foudroyé en deux, et la séparation des deux héros).

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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Mer 11 Aoû - 22:21

Je suis encore en cours de lecture, mais suite à une conversation via msn avec Resmiranda cette après midi, je me dis qu'il serait bon que je passe faire quelques commentaires.

Voici quelques réflexions qui me sont venues au cours de ma lecture:

* La petite Jane est, au final, un personnage assez docile. Même si certaines de ses réactions et de ses paroles sont un peu passionnées, je ne trouve pas qu'elle soit une enfant si terrible que cela. Dans cette optique, j'aime beaucoup le passage où elle commente sur le fait qui si elle avait la capacité de répondre et de se battre vraiment, elle aurait sans doutes été plus appréciée; au final, sa passivité et sa docilité relatives agacent plus qu'elles ne plaisent et ses moments d'emportements sont mal compris. On sent les germes de l'adulte qu'elle sera.

* Les Reeds sont vraiment des personnages détestables, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. D'ailleurs je remarque que bien des personnages avec de hautes positions sociales à travers le roman sont des personnages fort désagréables (les Reeds, les Ingrams...). Evil or Very Mad

* Le passage à Lowood est fortement intéressant pour comprendre Jane adulte. J'aime beaucoup la galerie de personnages qu'on y rencontre, notament Miss Temple, un peu moins Helen Burns qui est un peu trop rigide à mon goût. D'autres ont dit ça mieux que je ne pourrais le faire, je ne vais pas faire de redites. Razz

* Quand Jane fait une ellipse de 8 ans dans son récit et dit que le départ (mariage) de Miss Temple agit comme un réveil pour elle. J'ai l'impression qu'elle sort du coma, j'ai vraiment eu cette impression qu'elle revenait soudainement à la vie après une longue période de sommeil. C'est une impression qui fut assez vive et que je n'avais jamais eue avant scratch

*J'admire chez Jane cette faculté à voir les gens tels qu'ils sont vraiment et à agir en conséquence. C'est d'ailleurs étrange qu'avec cette faculté, elle ne voit pas plus clair dans le jeu que lui joue Rochester... scratch Au final, c'est vraiment le seul moment où elle perd sa clairvoyance, il n'y a que vis à vis de lui qu'elle se retrouve démunie de ce qui reste son "arme" la plus précieuse.

* J'adore voir la relation de Jane et Rochester se construire, mais j'aime aussi le fait qu'on la voit s'attacher avant lui à Thornfield et à ses habitants, qu'on voit bien qu'elle ne s'attache pas à la demeure uniquement à cause de son maitre mais bien pour l'intégralité de ce qu'elle y trouve. Ça m'a rechauffé le coeur de voir qu'enfin elle était traitée avec humanité par les gens qui l'entourent, et on sent rapidement qu'elle vient de trouver une maison, un foyer comme jamais elle n'en avait eu auparavant. Du coup, on n'en comprend que mieux son attachement au lieu et sa déclaration plus loin dans le livre qu'elle aime la demeure et ses habitants résonne bien différement que si on avait eu conscience qu'elle ne faisait là qu'exagérer ses sentiments pour Rochester.

* Je n'avais jamais autant ressenti l'attitude de Rochester vis à vis de Jane, ses manigances, ses petits jeux, sa façon de vouloir provoquer et exciter sa jalousie en lui paradant Blanche Ingram devant les yeux et en l'obligeant à assister à cette mascarade qu'il a mise en scène. Je peux comprendre sa manoeuvre, mais je la trouve bien cruelle.

* Malgré tout, je continue à trouver le passage de la bohémienne absolument magnifique. C'est une superbe démonstration de l'égalité et la complementarité de Jane et Rochester. Il la domine par sa supercherie, mais très vite la balance se renverse et c'est elle qui a une position de force vis à vis de lui. Il a besoin d'elle et de son soutien, elle a besoin qu'on lui ouvre les yeux sur ses sentiments.

* Pour la première fois depuis longtemps, j'ai failli verser ma larme pendant la scène dans le jardin où Jane croit d'abord qu'elle va devoir partir puis que Rochester la demande en mariage Sad Je suis en complète adoration devant ce passage Je crois d'ailleurs (pour répondre à l'une des questions de Resmiranda) que c'est mon chapitre préféré du roman Smile C'est un passage qui me rempli d'émotions et qui me bouleverse constamment, cette fois-ci n'a pas fait exception Razz

J'en suis là dans ma lecture pour le moment Smile study

Il y a une question de Resmiranda à laquelle je voudrais répondre de façon plus complète:

Jane Eyre est une personne dotée de principes très forts et d'une droiture à toutes épreuves. Avez-vous parfois été agacé par ce manque de flexibilité ? Si oui à quel moment ?

Ma réponse sera la même que celle de Popila: Non, absolument pas! Si effectivement j'ai parfois pu m'arracher les cheveux de la voir quitter Thornfield et refuser la proposition de Rochester, j'ai toujours admirer son courage et sa force de caractère. Je ne pense d'ailleurs pas qu'elle soit inflexible, juste entièrement et complètement droite.
Citation :
elle choisit cette solution très douloureuse, parce qu'elle préfère garder le respect qu'elle a d'elle-même plutôt que de payer un bonheur éphèmère au prix fort.
Pour moi, être capable d'une telle droiture à son jeune âge (je pense qu'on oublie un peu facilement qu'elle n'a que 18 ans) force l'admiration et le respect. Le plus impressionant pour moi est qu'elle n'agit qu'en accord avec ses propres principes et idéaux et non pas sous quelque pression que ce soit, elle fait le choix difficile de sacrifié le seul être qu'elle ait aimé d'amour et le seul endroit où elle ait jamais été réellement heureuse, parce qu'elle sait qu'elle ne pourra pas supporter la situation. À mon sens, ce n'est pas parce qu'on fait le choix sans pressions externes qu'il est plus facile à vivre, bien au contraire. On ne peut blâmer que soi-même pour les conséquences, et je ne vois pas vraiment pire que de se savoir être le destructeur de son propre bonheur.
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Jeu 12 Aoû - 13:35

Bagatelle a écrit:
Je suis encore en cours de lecture, mais suite à une conversation via msn avec Resmiranda cette après midi, je me dis qu'il serait bon que je passe faire quelques commentaires.

Je vous jure que je n’ai fait aucune menace pour l’y obliger ! lol!

Bagatelle a écrit:
La petite Jane est, au final, un personnage assez docile

C’est totalement vrai, elle se l’avoue elle-même à la fin d’ailleurs, notamment lorsqu’elle se laisse presque persuader par St.-John de l’accompagner aux Indes :

Citation :
Je ne connais pas de moyen terme, et n’en ai jamais pris dans mes rapports avec des caractères durs, positifs, opposés au mien entre la soumission absolue et la révolte déclarée, j’ai toujours été fidèlement docile, jusqu’au moment où semblable à un volcan qui explose, je me précipite avec violence dans la rébellion.

Je n’avais pas jusqu’à cette lecture, vraiment trouvée cela chez elle, mais cela m’a vraiment frappée cette fois-ci. Car lorsqu’on lit la toute fin, on se rend compte qu’il a fallu l’intervention d’un élément surnaturel pour l’empêcher de céder complètement à Rivers.

Pour en revenir au surnaturel, il peuple assurément le récit. Et si la dimension religieuse est très importante, l’inverse est vraie également comme l’a déjà souligné Popila. Je ne compte plus les mentions aux elfes, lutins, ou même vampire (lorsque Jane décrit Bertha) et « l’incident », ces voies dans la nuit qui servent à réunir Jane et Rochester.

Je l’ai terminé tout à l’heure mais je reviendrais plus tard une fois que j’aurais remis mes idées en bon ordre avant de continuer. Wink
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Dim 22 Aoû - 13:59

Double post pour la bonne cause Very Happy

Ces deux passages m’ont interpellée :


Citation :
La magie de l’inexpérience met un voile sur vos yeux, reprit-il. Vous voyez avec un regard fasciné. Vous ne pouvez discerner que les dorures sont de la boue visqueuse ; les tentures de soie, des toiles d’araignée ; le marbre, de la vile ardoise, et les boiseries brillantes, de simples copeaux de rebut, de l’écorce rugueuse.

Citation :
Un vieux proverbe dit que « tout ce qui brille n’est pas d’or » et, dans le cas présent, je crains beaucoup que l’avenir ne nous réserve quelque chose de bien différent de ce que, vous et moi, nous espérons

A votre avis, l’inexpérience de Jane, sa méconnaissance des hommes et du monde en générale ne l’ont-ils pas poussé dans les bras de Rochester, le premier qui lui porte un réel intérêt ? Est-ce que la reconnaissance de Jane pour lui ne joue pas un rôle dans son attirance pour lui ? Est-ce que la réflexion de Rochester au sujet de Tornfield ne pourrait pas s’appliquer à lui ?


Il y a aussi une petite phrase qui m’a « choquée », disons que je le trouve incongrue. Jane vient d’annoncer à Rochester son départ pour voir Mrs Reed, il s’en suit une scène d’adieu entre elle et son maître. A ce moment là, Jane est déjà profondément attachée à lui, elle devrait être désolée de devoir le quitter et vouloir profiter au maximum de sa présence (du moins c’est ce que mon cœur de midinette ferait Rolling Eyes ) mais Jane a cette curieuse réaction face à Rochester qui lui gêne le passage :

Citation :
Combien de temps va-t-il demeurer là, le dos contre la porte ? me demandai-je. Il faut que je commence à préparer mes bagages.


Un tel pragmatisme à ce moment, une telle réaction de froideur me semble vraiment étrange de la part de Jane.



J’aime bien la façon de Charlotte Brontë se jette elle-même des fleurs lol! :
Citation :
elle était sûre que l’histoire de ma vie passée, si elle était connue, ferait un merveilleux roman

Ce qui ne l’empêche pas d’être incroyablement critique avec les écrivains de son époque deux pages plus loin :

Citation :
Hélàs ! Les lecteurs de notre temps sont moins favorisés. Mais, courage ! Je ne vais pas m’attarder pour accuser, ou me plaindre.


Il est intéressant de faire voir que plusieurs « scènes » se répètent dans ce roman et que deus situations se reproduisent même si les réactions et motivations des personnages diffèrent. La première se déroule lorsque Jane enfant a été humiliée devant les autres enfants par Brocklehurst et bouleversée par le rejet qu’elle croit venir, Helen vient la consoler, jouer le rôle de défenseur, déclarer que même si les autres la rejetaient, elle au moins serait son amie. Quelques années plus tard, c’est Jane qui joue ce rôle pour Rochester lorsqu’il croit que Mason risque de trahir son secret devant ses invités.

La deuxième se déroule lorsque Rochester déclare que Blanche Ingram n’est pas sa fiancée à Jane qu’il vient de demander en mariage :
Citation :
Quel amour ai-je pour Miss Ingram ? Aucun, et cela vous le savez. …
. Jane tient à peu près le même discours à propose de St-John à la fin du roman
Citation :
Il ne même pas et je ne l’aime pas davantage.
Cet exemple est le plus frappant car pour deux situations identiques (une déclaration entre deux amoureux mais l’un deux croit qu’une personne les sépare et l’autre doit la rassurer) mais le rapport de « force » est inversée et l’on sent bien l’évolution de Jane par rapport à Rochester. Elle n’est plus aussi dépendante de lui qu’au départ, leur relation en devient plus saine.

Je n’ai pas encore donné mon passage préféré, mais je crois qu’il s’agit du chapitre 27 dans son entièreté (il s’agit des explications de Rochester et de Jane après le mariage avorté). Dans un chapitre on se rend compte à quel point ces deux personnages sont des êtres passionnés, on a un très net aperçu des sentiments de chacun, de la force de caractère de Jane, c’est un chapitre très émouvant.
En plus comme je suis fleur bleue ascendant nunuche, née l’année de la midinette, ce genre de scène bien que tragique a le don de me faire fondre Razz .
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Miss Artemis Holmes
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Dim 22 Aoû - 15:13

Votre discussion est tout à fait passionnante ! cheers Je vais essayer de vous donner mes impressions sans répéter ce qui a été déjà dit de manière très intéressante d'ailleurs Very Happy


Quels sont vos personnages secondaires préférés ?

Je me souviens que lors de mes premières lectures, je n'aimais pas particulièrement Bessie, je la trouvais sévère envers Jane. Et puis lors de cette relecture, sur l'ensemble du roman, j'aime beaucoup Bessie. C'est un des personnages que Jane croise à plusieurs reprises dans les différents lieux où elle séjourne. Et comme le dit Jane (je n'arrive pas à retrouver le passage), elle n'est pas parfaite, mais elle tient à elle.
J'aime beaucoup le personnage de Miss Temple, douce et intelligente.
Puis Mrs Fairfax est aussi attachante. Même si elle n'a pas l'esprit de Jane ou de Rochester (les passages où Jane et Rochester discutent et où Jane remarque que Mrs Fairfax semble perdue m'ont fait sourire... Cela renforce la complicité entre les deux personnages qui semblent un peu dans un autre univers où seuls ils se comprennent).
Puis dans la dernière partie du roman, les cousines Rivers me plaisent énormément. Elles sont sympathiques, ont du coeur, et avant même de savoir qu'elles sont du même sang, offrent à Jane une place dans leur famille.

Pour rester dans le thème des personnages, j'ai remarqué quelques symétries dans le roman lors de cette lecture, notamment entre les cousins Reed et River : même initiale du nom, un garçon (John et St John) et deux filles dans chaque cas... Et deux attitudes totalement opposées ! En plus, dans le cas des cousins Reed, le lien familial est subi alors qu'avec les Rivers, Jane faisait partie de la famille avant même de savoir qu'il y avait un réel lien de parenté ! Enfin c'est peut être un peu trop tiré par les cheveux ... scratch

Vos chapitres préférés ?
Euh... les chapitres avec Rochester ... lol!
Ce livre est mon roman préféré, et il n'y a pas de passage que je trouve ennuyeux ou qui manque de rythme ! Mais pour répondre à la question, j'ai quelques chapitres - ou plutôt passages - préférés :

- la première rencontre entre Jane et Rochester, avec la chute à cheval, pour son atmosphère si particulière (Gytrash...), la réaction de Rochester (désagréable, qui jure...) et celle de Jane (qui loin d'être repoussée, au contraire se sent plus libre et à l'aise - comme elle dit, s'il avait été beau et jeune, elle l'aurait évité)

- la première discussion entre Jane et Rochester, lorsqu'il l'accuse d'avoir "ensorcelé" son cheval, et la discussion sur les petits hommes verts que j'adore
Chapter 13 a écrit:
[...]"And so you were waiting for your people when you sat on that stile?"
"For whom, sir?"
"For the men in green: it was a proper moonlight evening for them. Did I break through one of your rings, that you spread that damned ice on the causeway?"
I shook my head. "The men in green all forsook England a hundred years ago," said I, speaking as seriously as he had done. "And not even in Hay Lane, or the fields about it, could you find a trace of them. I don't think either summer or harvest, or winter moon, will ever shine on their revels more."

- le sentiment que ressent Jane lorsqu'elle revient de Gateshead après avoir enterré sa tante, et qu'elle a le sentiment de rentrer chez elle
Chapter 22 a écrit:
I knew there would be pleasure in meeting my master again, even though broken by the fear that he was so soon to cease to be my master, and by the knowledge that I was nothing to him: but there was ever in Mr. Rochester (so at least I thought) such a wealth of the power of communicating happiness, that to taste but of the crumbs he scattered to stray and stranger birds like me, was to feast genially. His last words were balm: they seemed to imply that it imported something to him whether I forgot him or not. And he had spoken of Thornfield as my home--would that it were my home!

- toute la scène qui conduit à la demande en mariage

- la scène d'explication entre Jane et Rochester après la découverte de Mrs Rochester : c'est d'une force et d'une tristesse ... Sad Absolument magnifique et déchirant (la fuite de Jane)

- lorsqu'elle découvre que les Rivers sont ses cousins et la joie qu'elle ressent à avoir enfin une vraie famille !

- les deux scènes de dialogues lorsque Rochester et Jane se retrouvent (la 1e lorsqu'il croit qu'elle n'est pas réelle, et la 2nde scène le lendemain, notamment lorsqu'ils discutent de St John Razz )


Que pensez-vous de l’importance du féminisme et de la religion dans ce roman ?

Le féminisme est en effet très marqué, et là je vais me contenter de plussoyer ce que vous avez écrit et les passages cités, sur l'égalité entre Rochester et Jane, et sur la place de la femme.

Concernant la religion, il y a plusieurs aspects entre lesquels j'ai du mal à sortir une opinion... D'un côté, je trouve que si le côté religion est bien évidemment présent, il est loin d'être unilatéral. A Lowood, si Helen est une croyante fervante, Brocklehurst est un personnage détestable (et Jane est très lucide à son sujet). Et puis St John est certes un "homme bon" comme cela est répété, mais il est froid, rigide, et passablement désagréable.
Chapter 34 a écrit:
Now, I did not like this, reader. St. John was a good man; but I began to feel he had spoken truth of himself when he said he was hard and cold. The humanities and amenities of life had no attraction for him--its peaceful enjoyments no charm. Literally, he lived only to aspire--after what was good and great, certainly; but still he would never rest, nor approve of others resting round him. As I looked at his lofty forehead, still and pale as a white stone-- at his fine lineaments fixed in study--I comprehended all at once that he would hardly make a good husband: that it would be a trying thing to be his wife. I understood, as by inspiration, the nature of his love for Miss Oliver; I agreed with him that it was but a love of the senses. I comprehended how he should despise himself for the feverish influence it exercised over him; how he should wish to stifle and destroy it; how he should mistrust its ever conducting permanently to his happiness or hers. I saw he was of the material from which nature hews her heroes--Christian and Pagan--her lawgivers, her statesmen, her conquerors: a steadfast bulwark for great interests to rest upon; but, at the fireside, too often a cold cumbrous column, gloomy and out of place.

Cependant, la place des supersititions est aussi très présente. Et la magie par l'appel de Rochester qui traverse le pays et décide Jane à retourner à Thornfield. Si la religion est forte, ce n'est pas elle qui dirige la vie de Jane Eyre.
Et en même temps, le roman finit sur St John, et sur la religion.

Sans parler des nombreuses allusions à la Bible dont le texte est rempli et que Popila a mis en lumière

Popila a écrit:
D'ailleurs, la fin, qui peut apparaître assez cruelle, dans un sens (Rochester est très diminué) n'est que l'illustration d'une phrase biblique très dure que Jane prononce pour elle-même dans sa chambre une fois qu'elle a découvert que Rochester l'avait trahie et que le mariage est annulé : la voix de la raison lui conseille en effet (au sens métaphorique) de s'arracher l'oeil droit et la main droite, parce qu'ils sont souillés, c'est-à-dire de s'arracher à Rochester. Ironie du sort, c'est ce qui arrivera à ce dernier à la fin du roman, ces mutilations étant l'instrument de sa rédemption.

Je n'avais jamais remarqué ce passage... Pourrais-tu me dire où il est ? Merci ! Very Happy


Jane Eyre est une personne dotée de principes moraux très forts et d’une droiture à toutes épreuves. Avez-vous parfois été agacé par ce manque de flexibilité ? Si oui à quel moment ?

Comme Popila et Bagatelle, non ! Et je plussoie tout à fait ce que vous avez dit.
Je trouve que Jane fait preuve de droiture mais elle est très humaine dans ses réactions, ses émotions, contrairement à St John qui est certes droit mais d'une rigidité qui fait frémir.
Et je comprends aussi pourquoi elle part. D'ailleurs, voici ce qu'elle dit :
Citation :
Chapter 31
Meantime, let me ask myself one question--Which is better?--To have surrendered to temptation; listened to passion; made no painful effort--no struggle;--but to have sunk down in the silken snare; fallen asleep on the flowers covering it; wakened in a southern clime, amongst the luxuries of a pleasure villa: to have been now living in France, Mr. Rochester's mistress; delirious with his love half my time--for he would--oh, yes, he would have loved me well for a while. He DID love me--no one will ever love me so again. I shall never more know the sweet homage given to beauty, youth, and grace--for never to any one else shall I seem to possess these charms. He was fond and proud of me--it is what no man besides will ever be.--But where am I wandering, and what am I saying, and above all, feeling? Whether is it better, I ask, to be a slave in a fool's paradise at Marseilles--fevered with delusive bliss one hour- -suffocating with the bitterest tears of remorse and shame the next- -or to be a village-schoolmistress, free and honest, in a breezy mountain nook in the healthy heart of England?


Que pensez-vous du dénouement de l’histoire, est-ce que vous vous y attendiez ?


Je ne me souviens pas si je m’attendais au dénouement de l’histoire lors de ma première lecture (au collège : je suis tout de suite tombée amoureuse de l’histoire !). Je me demande d’ailleurs si je n’avais pas vu l’adaptation avec Charlotte Gainsbourg avant de lire le livre (je ne sais plus…).
Je sais que j'étais ravie de voir Jane et Rochester se retrouver !!! Et finalement à force de relectures, je me suis habituée à voir Rochester handicapé, car sa relation avec Jane change et se renforce :
dernier chapitre a écrit:
Mr. Rochester continued blind the first two years of our union; perhaps it was that circumstance that drew us so very near--that knit us so very close: for I was then his vision, as I am still his right hand. Literally, I was (what he often called me) the apple of his eye. He saw nature--he saw books through me; and never did I weary of gazing for his behalf, and of putting into words the effect of field, tree, town, river, cloud, sunbeam--of the landscape before us; of the weather round us--and impressing by sound on his ear what light could no longer stamp on his eye. Never did I weary of reading to him; never did I weary of conducting him where he wished to go: of doing for him what he wished to be done. And there was a pleasure in my services, most full, most exquisite, even though sad- -because he claimed these services without painful shame or damping humiliation. He loved me so truly, that he knew no reluctance in profiting by my attendance: he felt I loved him so fondly, that to yield that attendance was to indulge my sweetest wishes.

Toutefois, j’ai été surprise que l’histoire s’achève sur St John et un extrait de la dernière lettre qu’il envoie avant sa mort prochaine (tout du moins c’est ce que Jane nous dit). Je ne sais pas trop quoi en penser...


Que pensez-vous des différents lieux où se déroule l’histoire ?

Voir le roman par les lieux est particulièrement intéressant, car lorsque je cherchais à faire un résumé de l’histoire, ce sont les lieux qui se sont les premiers présentés à moi. Chacun représente un univers et est constitué d’un ensemble de personnages :
- Gateshead
- Lowood
- Thornfield
- Moor House
- Ferndean Manor
(il faudra que j'y revienne !!!)


De mon côté, j'avais une question à vous poser à propos des rêves et de l'imaginaire... Que pensez-vous des différents tableaux (les 3 notamment que Rochester regarde un des premiers soirs avec Jane) et des rêves que fait Jane ? Quelle lecture peut-on en faire ?
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Dim 22 Aoû - 16:32

Miss Artemis Holmes a écrit:


Pour rester dans le thème des personnages, j'ai remarqué quelques symétries dans le roman lors de cette lecture, notamment entre les cousins Reed et River : même initiale du nom, un garçon (John et St John) et deux filles dans chaque cas... Et deux attitudes totalement opposées ! En plus, dans le cas des cousins Reed, le lien familial est subi alors qu'avec les Rivers, Jane faisait partie de la famille avant même de savoir qu'il y avait un réel lien de parenté ! Enfin c'est peut être un peu trop tiré par les cheveux ... scratch

Pas du tout, c'est quelque chose que j'avais remarqué également. Jane a "deux familles" diamétralement opposée, et si ces oncles ont tous les deux, initialement, de bonnes intentions pour elle, ce n'est pas forcément le cas pour le reste de la famille. Le contraste est d'autant plus fort que la fortune de ses parents sont différentes également. Si la famille Reed vit de façon relativement aisée, elle traitre Jane comme le parent pauvre et qui devrait le rester. Tandis que les Rivers ont des revenus plus modestes sont d'autant plus généreux et accueillants. C'est d'ailleurs un peu "cliché" maintenant que j'y pense : les riches avares et les pauvres généreux Wink
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Damien
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Dim 22 Aoû - 16:45

J'ai pas lu tous les commentaires. Il ne me reste plus qu'un chapitre à lire. Je vous rejoins bientôt !

@ Miss Artemis Holmes. C'est loin d'être tiré par les cheveux ! Il y a effectivement de nombreux échos dans le roman. Les deux fratries de cousins sont bien construites en parallèle pour faire ressortir les différences. Je pense qu'il y a également des éléments communs aux deux hommes qui font une demande en mariage (Rochester et Saint John). Le fait qu'ils aient tous les deux un chien par exemple, ou qu'ils se promènent souvent en compagnie de Jane dans des paysages où poussent une très riche végétation. C'est sans doute pour que le lecteur soit frappé par les différences qui existent entre les deux hommes.

Edit : Les motifs qui sont attachés aux deux hommes les séparent par contre. Rochester est associé au feu (je pense notamment par le biais de l'incendie de sa maison). Saint John lui est du côté de la glace (lorsque Jane refuse sa demande en mariage elle invoque l'image de l'avalanche).

C'est très répandu dans le roman du XIXe siècle de rapprocher les personnages tout en les opposants fortement. Jane Austen le fait aussi. Je pense notamment à Raison et sentiment où les sœurs Dashwood sont opposées aux sœurs Steele.
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Akina
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Lun 23 Aoû - 10:36

Enfin, depuis mon retour de vacances, je trouve le temps de répondre à ce qui a été écrit ici (j'avalerai un déjeuner sur le pouce, c'est pas grave !) !

Je suis tout à fait d'accord sur ce qui a été dit sur l'aspect "fantastique" du roman. D'ailleurs le roman commence avec l'épisode de la chambre rouge, où Jane croit voir le fantôme du mort errer dans la pièce, et se termine avec l'appel de Rochester à Jane, entendu à travers de centaines de kilomètres et intervenant, comme par miracle, pour empêcher son union avec Saint-John. Autant, durant tout le roman, Jane/Charlotte semble se moquer un petit peu des illusions fantastiques (l'épisode de la chambre rouge est considéré comme un fantasme d'enfant terrifié, l'arrivée du Gytrash qui se révèle être Rochester, les choses étranges qui se produisent pendant la nuit, finalement expliquées par la présence de Bertha, etc.), autant la fin est clairement un miracle divin, ou de la magie, en tout cas quelque chose qui nécessite du surnaturel.
D'ailleurs, le roman est peuplé d'anges (Helen, les soeurs Rivers) et de démons (les Masons) et de ces deux personnages, Jane et Rochester, tout deux assimilés à des êtres du Petit Peuple, et donc en dehors de cette classification du Bien et du Mal, du Ciel et de l'Enfer.

Je n'avais pas vu le côté théatral de la présence de Blanche Ingram et des autres invités, mais je suis complètement convaincue par votre analyse : c'est évident que c'est une scène que Rochester fait jouer pour Jane. Je me sens bête de ne pas l'avoir vu !

Je suis également d'accord avec le parallèle que vous faites entre les deux familles de cousins. A noter également que dans les deux familles, un des membres se consacre à la religion (une des soeurs Reed devient nonne, et Rivers ... c'est Rivers.).

Il y a une question que je me pose. Bagatelle parle de l'ellipse de huit ans que Charlotte Brontë fait : ce passage m'a aussi énormément surprise. En particulier, je me suis demandé à quoi sert le début ? Charlotte nous présente 6 mois de la vie de Jane, fait une ellipse, puis entre dans le vif du sujet. Que se passe-t-il dans les 6 mois qui les rendent nécessaires à la suite de l'hsitoire ? Est-ce l'épisode de la chambre rouge qui fait entrer le merveilleux dans le roman ? La description (et la dénonciation) des conditions dans lesquels les jeunes filles pauvres passent leur enfance ? La présence d'Helen, qui préfigure St-John ?

En tout cas, c'est toujours aussi agréable de vous lire ! cheers
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Popila
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Mar 24 Aoû - 14:16

Miss Artemis Holmes a écrit:
Popila a écrit:
D'ailleurs, la fin, qui peut apparaître assez cruelle, dans un sens (Rochester est très diminué) n'est que l'illustration d'une phrase biblique très dure que Jane prononce pour elle-même dans sa chambre une fois qu'elle a découvert que Rochester l'avait trahie et que le mariage est annulé : la voix de la raison lui conseille en effet (au sens métaphorique) de s'arracher l'oeil droit et la main droite, parce qu'ils sont souillés, c'est-à-dire de s'arracher à Rochester. Ironie du sort, c'est ce qui arrivera à ce dernier à la fin du roman, ces mutilations étant l'instrument de sa rédemption.

Je n'avais jamais remarqué ce passage... Pourrais-tu me dire où il est ? Merci ! Very Happy
C'est au début du chapitre XXVII. Wink

Sinon, je suis moi aussi tout à fait d'accord avec toi sur la symétrie des familles Reed et des familles Rivers : le schéma deux soeurs - un frère fait un peu songer aux contes de fées ; une mauvaise famille pour commencer, une famille aimante pour compenser. Parfois, je vois même une parenté entre les figures masculines du roman qui sont extrêmement fortes, voire machistes : John Reed, Brocklehurst, Rochester, Rivers... ne peut-on voir en John Reed enfant une image de ce qu'a été Rochester à cet âge, où vais-je trop loin ?

Pour ce qui est des lieux, je constate tout comme toi qu'ils structurent le roman ; apparemment, leur nom a souvent une signification symbolique : Thornfield Hall signifie le champ de ronces ; c'est un peu l'état dans lequel se trouve Rochester avant le renouveau que marque sa rencontre avec Jane, et sa rédemption finale.

La fin de ce roman est extrêmement étrange, tu as raison de le souligner : la première fois que je l'ai lu, lorsqu'on se trouve chez les Rivers, je voyais avec inquiétude le nombre de pages diminuer et la figure de Rochester s'estomper, et je me disais : "Horreur : elle ne le reverra jamais et elle va épouser cette pourriture de Saint John !" affraid Heureusement, Jane Eyre "a des voix" et tout finit bien. Razz

Il n'empêche, le château dans lequel Rochester et elle s'installent, est, au départ du moins, insalubre ; quant aux dernières pages qui mettent en avant Saint John et la religion, elles sont ambiguës, bizarres. Je suppose que Jane Eyre s'efforce de se mettre en règle par rapport à sa conscience à ce moment là (elle décide quand même de revenir à Rochester en suivant la voix de l'instinct et de l'irrationnel plutôt que de la religion et de la pure raison, puisqu'elle ignore la mort de Bertha et le fait que Rochester est à présent libre).

Dans une de mes éditions, on met en avant quelques extraits du journal intime de la reine Victoria lorsqu'elle découvrit ce roman ; elle l'aimait beaucoup (elle était même une lectrice enthousiaste). Elle en fit la relecture à haute voix, alors qu'elle était plus âgée, à son mari, et apparemment, ce livre donna lieu à des discussions animées entre elle et son époux sur les motivations des personnages ; apparemment, la fin de ce roman leur paraissait également étrange à tous les deux.

Pour ce qui est des trois tableaux, ils sont très étranges, à l'image des cauchemars de l'héroïne. Je crois que certains annoncent symboliquement ce qui va se passer dans la suite du roman, mais il faudrait que je relise le passage. Ils ont quelque chose de surréaliste, on pense aux tableaux de Füssli. J'aime bien quand on voit une réprésentation de ces trois dessins dans les adaptations ; en général, ça donne lieu à des traitement très différents.


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Damien
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Mer 25 Aoû - 20:06

J'ai lu vos commentaires, et je dois dire que c'est très dur de dire quelque chose d'intéressant après. Non c'est vrai. Vous avez vu tellement de chose, et analysé avec précisions pleins de détails. Je suis admiratif Smile. En tout cas cela prouve que le roman est extrêmement riche, et qu'on peut l'interpréter de plusieurs manières et suivant des pistes différentes.

@ Popila. J'aime énormément ton analyse sur la place de la religion. Je ne suis pas très calé dans ce domaine. J'ai bien reconnu par-ci par-là des références à des textes religieux, mais dans l'ensemble je les connais très mal. Ce que tu dis à propos du châtiment de Rochester est tout à fait passionnant. Je n'avais pas fait attention au passage que tu cites, mais c'est tout à fait convaincant.

@ Resmiranda. Tout ce que tu dis sur l'aspect théâtrale de la société mondaine dont font partie les Ingram est très intéressant. Cela m'avait beaucoup marqué également. En tout cas tes analyses sont très fines.

Bon j'espère que ça ne fait pas distribution de bons points, mais honnêtement je trouve vos échanges passionnants, et j'ai retenu pas mal de chose ! C'est très sincère.

Deux aspects pour ma part m'ont intéressé et on retenu mon attention. J'aime particulièrement la littérature gothique, et j'apprécie en retrouver les motifs ou les scènes clées. Toute la réflexion sur le statut de la gouvernant m'a également passionné.

Ce que je trouve très fort dans le roman de Charlotte Brontë c'est le mélange des genres qui se fait de manière très fluide. Certains passages sont réalistes, et nous font penser à du Dickens ou même à du Zola. Je pense notamment à la description du condition de vie à Lowood. D'autres passages sont clairement gothique voir fantastique. Vous avez toutes cité des éléments. J'aime beaucoup la manière dont la romancière s'est approprié tout une esthétique pour en faire quelque chose de fort et d'original.

Du coup j'en profite pour répondre à Miss Artémis :

Citation :
De mon côté, j'avais une question à vous poser à propos des rêves et de l'imaginaire... Que pensez-vous des différents tableaux (les 3 notamment que Rochester regarde un des premiers soirs avec Jane) et des rêves que fait Jane ? Quelle lecture peut-on en faire ?

Les tableaux et les rêves relèvent clairement de l'esthétique gothique très en vogue à l'époque. On y retrouve les grands paysages qui inspirent la peur, les catastrophes naturelles, les scènes de naufrages. La nature inspire un fort sentiment de peur, mais est également lié à la religion (je pense au jardin d'Eden). C'est intéressant de constater d'ailleurs que certaines scènes clées (notamment les demandes en mariage) se déroulent dehors dans un décors où la nature est extrêmement présente.

On peut penser aux tableaux de Fuseli mais également à ceux de Turner (on pense toujours à ses tableaux lumineux, mais il a également eu une période influencée par l'esthétique gothique).


Le Cauchemar de Fuseli.


Tableau de Turner représentant un naufrage.

On trouve d'ailleurs dans le tableau de Fuseli des éléments présents dans Jane Eyre : le cheval noir (celui de Rochester), le gnome qui appartient au petit peuble (Rochester compare souvent Jane et lui-même à un lutin, un efle...), le cauchemar.

Les rêves et les tableaux de Jane peuvent être interprétés. Ils cachent tous des symboles plus ou moins clairs révélant l'état d'esprit de l'héroïne ou son avenir. Les paysages sont également chargés de symboles. J'aime particulièrement le passage où Jane contemple l'arbre près duquel Rochester a fait sa demande. La foudre est tombée dessus pendant la nuit ce qui fait qu'il est coupé en deux. Pour Jane les deux parties sont peut être blessées mais elles resteront toujours ensemble grâce aux racines. Cet arbre représente le couple Jane/Rochester et annonce leur avenir qui sera pour une grande partie funeste, mais verra leur réunion.

Le personnage de Bertha est particulièrement original. Il est pourtant lui aussi ancré dans toute une tradition littéraire. Dans les châteaux d'Ann Radcliffe (romancière gothique par excellence) les femmes enfermées, cachées, persécutées sont légions. Même Catherine dans Northanger Abbey est persuadée de trouver la femme de son hôte enfermée dans un recoin de la bâtisse. Charlotte Brontë a donné à ce motif un rôle très intéressant. Il est d'ailleurs à l'image du roman. Bertha est à la fois un être surnaturel (elle est comparée à une vampire), et a en même temps une histoire extrêmement réaliste qui dénonce certaines réalités sociales de l'époque (je pense au mariage arrangé). Le personnage est extrêmement symbolique. C'est le passé de Rochester. Elle est cachée, parce que son existence est un secret. Il y a dans son existence quelque chose de fantastique, et en même temps de très pratique (c'est la femme qu'on n'aimerait de plus avoir).

Je dois dire à ce propos que les passages qui la mette en scène sont particulièrement glaçants et réussis. Le chapitre où Jane la voit déchirer son voile de mariée est particulièrement frappant.

Ce qui est intéressant c'est que l'épisode de la chambre rouge annonce celui de la folle enfermée à Thornfield. Dans les deux cas on tente de bannir une femme de la société. J'ai lu des analyses très intéressantes sur la scène de la chambre rouge, si ça vous intéresse.

Je m'arrête là pour le moment. Jane Eyre me rend loquace.
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Jeu 26 Aoû - 10:28

@ Damien : pour la place e la religion dans le roman, certaines notes en bas de pages nous aiguillent. Apparemment, Charlotte Brontë était quelqu'un d'imprégné de culture biblique (normal, pour la fille d'un pasteur, me direz-vous). Il semble aussi que L'Enfer de Milton, un très beau texte poétique qui remporta un large écho au moment de sa parution et dont Victor Hugo s'inspira pour certains de ses poèmes religieux, l'aient inspirée, ainsi qu'un livre qui trônait à côté de la Bible chez tous les pratiquants de cette époque, Le Voyage du Pèlerin de Bunyan.

Pour ce qui est de la description satirique qu'elle fait de la société, il semble que l'oeuvre de Thackeray, La Foire aux Vanités, l'ait également inspirée - c'est pour ça que je lis cet ouvrage en ce moment, et je dois dire qu'indépendamment de l'influence qu'il a pu avoir sur l'auteur de Jane Eyre, c'est un roman passionnant.

J'aime beaucoup ton analyse des éléments gothiques du récit (dans ce domaine, je suis beaucoup moins calée que toi), et je suis d'accord avec toi lorsque tu dis que Charlotte Brontë mêle les genres littéraires déjà existants pour mieux les renouveller. Je n'aurais pas forcément penser à raccrocher les dessins de l'héroïne et ses rêves à l'esthétique gothique, mais maintenant que tu le dis, ça paraît évident.

J'aime beaucoup ton analyse des tableaux de Fuseli, ainsi que de ceux de Turner, un peintre auquel je n'aurais pas du tout songé. Pour ma part, je song davantage à Caspar David Friedrich, dont beaucoup de tableaux pourraient servir à illustrer le roman (c'est d'ailleurs le cas des couvertures de certaines éditions) à cause de la place qu'il accorde à la nature dans une oeuvre éminement romantique, mais qui présente aussi des éléments inquiétants qui renvoient au gothique.


Jane Eyre lorsqu'elle analyse la condition faite aux femmes au début du roman.


Le château brûlé, rêve et réalité.


La demande en mariage, ou la fin du livre, au choix.

Charlotte Brontë s'était d'abord rêvée peintre, mais ne put le devenir à cause de ses problèmes de vue. C'est également la carrière qu'envisageait son frère Branwell. Ces faits expliquent peut-être la dimension picturale de certaines scènes du roman.

Quant au personnage de Bertha, je sais qu'on en a fait une lecture à la fois gothique et psychanalytique ; tout ce que tu pourras nous en dire m'intéresse. Wink

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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Jeu 26 Aoû - 10:41

Popila a écrit:
Charlotte Brontë s'était d'abord rêvée peintre, mais ne put le devenir à cause de ses problèmes de vue. C'est également la carrière qu'envisageait son frère Branwell. Ces faits expliquent peut-être la dimension picturale de certaines scènes du roman.

Je ne savais pas du tout. C'est très intéressant. En tout cas les romans gothiques présentent tous une dimension picturale. Ann Radcliffe était connue pour ses longues descriptions de paysage qui faisaient référence à des peintres de son époque. Un dialogue s'établissait alors entre la littérature et la peinture. Je pense que Charlotte Brontë était imprégnée des tableaux de ses contemporains.

Les œuvres de Friedrich sont magnifiques. C'est également l'une d'elles qui illustre mon édition.
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Lun 18 Oct - 17:53

Je suis très en retard dans la lecture commune, mais on m'a dit que ce n'était pas grave, alors... Razz
Je lis très lentement et suis en train de terminer la première partie du roman, Jane s'apprête à quitter Lowood, et jusque-là, le roman me plaît énormément! Big surprise, isn't it?
J'avoue que j'accrochais moins au tout début, lorsque la petite Jane vit avec les Reed, parce que je trouvais que ça tirait un tout petit trop vers le misérabilisme (mais je chipote, je le sais), l'histoire de la pauvre petite fille maltraitée par sa famille d'accueil. Mais en même temps, c'est cela qui la construit, qui lui forge ce caractère et ses principes moraux, le fait d'avoir vécu une telle injustice, d'avoir refusé de subir ces brimades, c'est cela qui lui donne cette force.
Par contre, l'arrivée à Lowood, la description de cet univers quasi carcéral au début et comment cela devient peu à peu un endroit où elle se sent bien, chez elle, comment elle se l'approprie pendant que tant d'enfants meurent autour d'elle ( Shocked ), c'est bizarrement extrêmement réjouissant. J'ai lu ça et là que le personnage d'Helen Burns en énervait certains, et d'un côté je comprends pourquoi (elle est trop gentille, trop parfaite), mais je trouve qu'elle fait ressortir quelque chose de formidable et de très drôle en Jane: sa conscience de ses défauts. Cela donne lieu à des passages très marrants, où elle se compare sans cesse aux personnes qu'elle admire autour d'elle, Helen et Miss Temple.
Je vais enchainer avec la suite et le départ de Jane pour Thornfield, j'ai hâte de découvrir Rochester!
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Popila
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MessageSujet: Re: Jane Eyre, Charlotte Brontë   Lun 18 Oct - 19:59

J'espère que tu posteras prochainement tes impressions sur la suite du roman, FanDeChickLit : c'est toujours très intéressant de savoir ce que des lecteurs qui découvrent un roman qu'on a lu et relu pensent de ce dernier, car ils ont l'avantage d'avoir des impressions toutes fraîches. Wink

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