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Sujet: Daisy Miller, d'Henry James. Jeu 1 Avr - 19:51
Je m'aperçois avec horreur que c'est aujourd'hui que je suis censée ouvrir le topic pour les discussions sur cette nouvelle d'Henry James, et que ce n'est pas un poisson d'avril !
(Ce smiley n'a rien à voir avec ce qui précède, c'est juste que j'avais envie de le mettre).
Alors, en un mot comme en cent : cette nouvelle subdivisée en cinq chapitres ne m'a pas réconciliée avec Henry James. Je l'ai trouvée très bien écrite, mais le sujet m'a paru complètement désuet, et la fin parfaitement ridicule.
Daisy Miller, ou des dangers que peut représenter une promenade dans le Colisée au clair de lune....
Malgré tout, j'admets que l'évocation de la Suisse et de l'Italie, et surtout la description des moeurs européennes et américaines sont loin d'être complètement inintéressantes. Et que cette nouvelle qui décrit une jeune fille qui meurt de ne pas vouloir comprendre et appliquer les principes d'une société sectaire qui n'aime rien tant que les carcans prend sans doute une autre résonance dans le contexte de la société iranienne telle que la décrit Azar Nafisi : bienheureuse France du XXIème siècle où les jeunes filles peuvent engager la conversation avec un garçon qui leur plaît sans pour autant être considérées comme des filles perdues, encore que dans certains quartiers... Mais je m'égare dans des considérations oiseuses.
Revenons plutôt à nos moutons : qu'avez-vous pensé de Daisy Miller et de ses deux personnages principaux ? Partagez-vous mon jugement à l'emporte-pièce ?
PS : N'oubliez pas de poster votre avis sur l'adaptation de Gatsby le Magnifique, le topic vous tend les bras !
Il me semble que Daisy Miller apparaît comme une jeune fille libre, faisant fi des conventions dans une société engoncée dans celles-ci. Mais malgré cette indépendance apparente, on dirait qu'elle est tout de même touchée par les rumeurs qu'elle suscite. C'est un personnage assez ambigu : on ne sait pas si ce qu'elle fait est fait de façon insconciente et innocente ou si au contraire elle est bien consciente de ses actes et les accomplit pour provoquer son entourage. D'un autre côté,
Spoiler:
Sa fin tragique semble être une fatalité qui touche toutes ces femmes qui essaient de vivre une vie plus libre et moderne en opposition avec les coutumes compassées des Européennes. Daisy prend des risques et le paie, mais au moins elle a essayé de vivre sa vie.
Quant à Winterbourne, il semble aveuglé par ses préjugés concernant la façon de se comporter en société : car, s'il semble excuser au début la conduite de Daisy, il la trouve ensuite inacceptable.
Je n'ai encore jamais lu de longs romans de Henry James. Pour l'instant je ne connais que des récits courts. Je trouve qu'il maitrise le genre de la nouvelle parfaitement. L'intrigue est resserrée, il y a très peu de personnages, et les thèmes sont très simples. Cela n'empêche pas de faire un récit complexe et ambigu.
@ Miss Virginia. Je suis d'accord avec ce que tu as dit. Le comportement de Daisy nous échappe. Est-elle consciente ? Est-elle innocente ?
C'est sans doute dans cette ambiguité que réside l'intérêt de la nouvelle. Les règles de l'Amérique sont-elles trop strictes ? L'Europe est-elle trop libre ?
@ Popila. Tu n'as pas tort. Il y a quelque chose de désuet dans ce récit. Le débat ne nous intéresse plus vraiment. La fin est bien trop tragique, et compassée. D'ailleurs Jane Austen évitait l'écueil en faisant survivre Marianne dans Sense and Sensibility ! On ne meurt pas de ne pas respecter les règles sociales, surtout si l'on n'a fait que flirter. On peut cependant gagner en maturité, et changer.
Mon édition proposait une autre lecture de Daisy Miller en expliquant que c'était aussi une réflexion sur la littérature, et surtout un manifeste. Il faudrait que je relise la préface.
Au final je rejoint Popila. Une lecture qui n'est pas désagréable, un style maitrisé, mais un débat un peu désuet pour nous.
@ Miss Virginia et Damien : je suis d'accord avec vous concernant les deux personnages principaux du livre.
Winterbourne m'apparaît vraiment comme le pauvre type, dans l'histoire.
Damien, j'ai lu la préface à la quelle tu fais allusion : son auteur tente de montrer que derrière le destin de Daisy Miller, Henry James établit une réflexion sur l'avenir de la littérature américaine, voulue, comme l'héroïne, novatrice, mais encore prisonnière d'un certain nombre d'usages européens.
J'avoue que si j'ai trouvé cette analyse brillante, je n'ai pas été à 100% convaincue qu'Henry James ait voulu mettre tout ça derrière ses personnages.
Je suis tout à fait d'accord avec vous et je n'ai pas grand-chose à rajouter. C'est bien écrit, mais dans le genre moralisateur lourd avec une fin bien ridicule effectivement ! Si elle avait été au bout et été enceinte, elle aurait pu mourir en couche, mais là, la maladie qui punit la fille "facile", c'est vraiment trop !
On ne sait jamais si Daisy se rend bien compte de ce qu'elle fait. Personnellement, je préfère penser qu'elle provoque volontairement pour choquer les pudibonds de son époque : ça la rend plus rebelle et moderne que de l'imaginer en oie blanche stupide !
Quant à Winterbourne, il est aussi rempli de préjugés que les autres, même s'il passe outre à Daisy plus de fantasies à cause de son attirance pour elle ! Surtout qu'il fréquente une femme plus âgée à Genève, c'est un parfait hypocrite ! On sent bien la différence entre les hommes (qui peuvent faire ce qu'ils veulent) et les femmes, prisonnières d'un étroit carcan social !
Je suis tout à fait d'accord avec vous et je n'ai pas grand-chose à rajouter. C'est bien écrit, mais dans le genre moralisateur lourd avec une fin bien ridicule effectivement !
C'est drôle parce que moi, la fin ne m'a pas parue moralisatrice. Daisy Miller ne s'est sans doute pas bien comportée selon la société de l'époque et
Spoiler:
meurt des conséquences d'une mauvaise conduite
mais est-ce que Henry James a pour autant eu envie de nous faire une leçon de morale ? C'est un pas que je ne saurais franchir. Je ne peux pas me faire un avis si tranché à vrai dire. Et je n'ai pas trouvé la fin ridicule, dramatique certes mais pas ridicule ...
Je suis loin d'avoir trouvé la fin ridicule! Comme Emjy, je l'ai trouvée dramatique. Je suis globalement d'accord avec ce qui a été dit plus haut. C'est vrai qu'aujourd'hui, le sujet est un peu désuet mais je trouve le personnage de Daisy Miller très mystérieux et finalement assez fascinant. C'est un portrait de femme qui m'a touché malgré un certain manque d'originalité. La lecture est agréable et même si cela fait quelques temps que je l'ai lu, j'en garde de belles images.
Bon, le mot "ridicule" était peut-être un peu fort ...
Disons, que j'ai trouvé ça téléphoné : elle ne respecte pas les normes en vigueur dans le "bonne" société et semble recevoir une punition divine (la maladie). C'est ça que j'ai trouvé trop moralisateur et peu réaliste.
Vraiment, j'ai du mal à trouver quoi que ce soit de moralisateur là dedans. Je ne vois pas en quoi l'auteur a souhaité punir son héroïne, au contraire même, je pense qu'il ressent de la compassion pour elle. Pour moi, le dénouement me paraît crédible et pas du tout téléphoné. Il est tragique mais pas pour autant irréaliste.
Eh bien, "we'll have to agree to disagree", alors !
Tu ne trouves pas que la correspondance entre sa conduite provoquante et sa maladie fait moralisateur (ce n'est pas dit directement, certes, mais c'était assez clair pour moi !).
Bon, la lecture n'était pas désagréable pour autant, hein ! C'était court et bien écrit, et certains thèmes abordés sont intéressants (différences de traitement hommes/femmes principalement) !
Eh bien, "we'll have to agree to disagree", alors !
Au moins là dessus, on est d'accord !
Je suis désolée mais j'ai du mal à voir Henry James comme un auteur "moralisateur". Le problème est là, je crois. Je ne dis pas que la fin est dénué de tout mélodrame (et encore, je n'utilise pas ce terme de manière péjorative) mais je ne la vois pas du tout comme "donneuse de leçon". C'est d'ailleurs bien pour ça que je trouve que cette oeuvre est intemporelle.
Je trouve que la fin est bien trop ambiguë pour qu'on puisse dire qu'elle est moralisatrice. Je suis bien incapable de dire quelle leçon veut me donner Henry James. Selon moi, c'est la preuve que la leçon n'est pas si évidente que ça.
Ce que tu dis sur la différence homme/femme JainaXF est très intéressant, et j'y suis également sensible. Je pense qu'on peut donner une autre signification au dénouement justement ! Daisy Miller est bien trop moderne pour cette société et son destin est une manière d'attirer les lecteurs sur le fait qu'une femme n'est jamais libre au XIXe siècle. Il n'y a malheureusement aucune autre issue possible. James ne cherche pas à donner dans l'angélisme ou l'optimisme. Une femme qui ne veut pas accepter les règles ne peut survivre.
C'est une interprétation possible. Mais encore une fois, est-on bien sûr du message de l'auteur ?
@ Josephinemarch : Je suis d'accord avec toi. Pour ce qui est de l'adaptation, j'en ai vu une de 1979. Je m'attendais à quelque chose d'un peu dépassé mais en fait elle m'a semblée très réussie. Les acteurs sont impeccables et je ne parle même pas des paysages !
Damien a écrit :
Citation:
Je trouve que la fin est bien trop ambiguë pour qu'on puisse dire qu'elle est moralisatrice. Je suis bien incapable de dire quelle leçon veut me donner Henry James. Selon moi, c'est la preuve que la leçon n'est pas si évidente que ça.
Bon, le mot "ridicule" était peut-être un peu fort ...
C'est moi qui l'ai utilisé dans mon post d'introduction, et même si j'ai un peu forcé le trait, j'assume entièrement le choix de ce mot.
JainaXF a écrit:
Disons, que j'ai trouvé ça téléphoné : elle ne respecte pas les normes en vigueur dans le "bonne" société et semble recevoir une punition divine (la maladie). C'est ça que j'ai trouvé trop moralisateur et peu réaliste.
Jaina a vraiment bien résumé mon ressenti par rapport à cette fin, qui à vrai dire est assez ambiguë : on ne sait pas trop si Daisy meurt d'un refroidissement suite à cette balade prétendument imprudente, ou si elle meurt de ce que Winterbourne, qu'elle aime peut-être d'un amour fou, après tout, ne la respecte plus.
Je vais sans doute paraître froidement cynique, mais qu'Henry James fasse mourir son héroïne d'un banal refroidissement et / ou d'amour m'a plutôt fait sourire : c'est très romantique, mais ça sent le déjà vu, et honnêtement, même si je ne m'attendais pas à ce procédé un peu brutal, je n'ai pas été touchée plus que cela. J'espère que ceci ne fait pas de moi un monstre !
Pour ce qui est du conservatisme, je le vois plutôt dans la société décrite par Henry James que chez Henry James lui-même. Il me semble, comme Emjy que l'auteur éprouve un minimum d'empathie pour son héroïne, sinon, il ne prendrait pas la peine de la décrire par le biais d'un homme amoureux ; ceci dit, la fin s'apparente quand même au couperet de la guillotine, puisque Henry James fait le constat froid et implacable qu'une femme qui défie les conventions n'a pas sa place dans cette société et sera forcément amenée à le payer chèrement.