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 Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).

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Popila
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MessageSujet: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeLun 15 Fév - 18:18

Avec quelques jours de retard par rapport au planning officiellement prévu, j'ouvre le sujet de discussion consacré à la Deuxième Partie de Lolita. Wink

Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Carte_10
Dans la Première Partie, nous étions amené à découvrir la description d'un monstre par lui-même. Dans la Deuxième Partie, nous assistons cette fois à une Odyssée d'un genre nouveau, avec une description de la fuite en avant des deux héros dans l'Amérique qui est celle de la fin des années 1940 et du début des années 1950.

Place, donc, aux grands espaces labyrinthiques...

Toujours très littéraire, cette partie décrit la montée en puissance du sentiment de jalousie qui prend peu à peu possession du personnage de Humbert Humbert, jusqu'à le rendre fou :
Spoiler:
 
Les rapports entre HH et sa jeune captive deviennent alors très complexes, car on peut se demander qui est le bourreau et qui est la victime.

Cette Deuxième Partie se trouve être plus riche, plus foisonnante encore, que la Première : du chapitre 1 au chapitre 3, Nabokov décrit, par le biais de HH, l'errance d'hôtel en hôtel, morne et répétitive, des deux héros, rompue, du chapitre 4 au chapitre 14, par l'installation - provisoire - des deux protagonistes à Beardsley, qui, du chapitre 15 au au chapitre 22, prennent un nouveau départ qui tourne assez rapidement au cauchemar, avant d'en venir, du chapitre 23 jusqu'à la fin, à ce que le narrateur nomme lui-même la section consacrée à "Dolores disparue".

Je vous propose les pistes suivantes pour guider les échanges :

Arrow Comment percevez-vous le personnage de Humbert Humbert ? Vous semble-t-il le même que dans la Première Partie, ou une évolution du personnage est-elle en train de se dessiner ? Même question pour Lolita.

Arrow Que pensez-vous du portrait de l'Amérique qui se dessine cette fois plus nettement dans ces pages ?

Arrow Que vous inspirent les deux personnages "secondaires" de cette Deuxième Partie, Gaston Gaudin et Clare Quilty ?

Arrow Quelles sont les allusions littéraires qui vous semblent particulièrement signifiantes ?

Soyez attentifs aux noms des personnages et des localités : Nabokov construit tout un réseau de significations grâce à des combinaisons de mots qui ne sont pas sans rappeler son goût pour les échecs, qui interviennent ici de manière relativement discrète comme figure de la fatalité et du destin tragique qui attendent les deux héros de cette histoire.

Vous pouvez évidemment partir sur d'autres pistes que celles que je vous suggère, et bien sûr évoquer le style de Nabokov et citer quelques passages qui vous semblent représentatifs de sa manière d'écrire, ou encore le dénouement.

_________________
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Akina
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeMar 23 Fév - 15:11

J'ai fini de lire le livre depuis quelques temps déjà, mais j'attendais que mes idées se soient un peu éclaircies avant de venir écrire mon analyse ici... Malheureusement, ça ne s'éclaircit pas vraiment, mais je viens quand même.

Déjà, j'ai apprécié de manière inégale cette partie. Je n'ai pas vraiment aimé le début (jusqu'à la fuite de Lolita, en fait), parce que je n'aime pas les roads movies et que ça en est un, mais j'ai adoré la fin, que je juge un des plus beaux textes de la littérature.

Ceci posé
> Comment percevez-vous le personnage de Humbert Humbert ? Vous semble-t-il le même que dans la Première Partie, ou une évolution du personnage est-elle en train de se dessiner ? Même question pour Lolita.

Je trouve que l'aspect pédophilie est beaucoup moins prégnant dans cette partie que dans la première partie. Ce qui fait que cet amour est interdit n'est plus l'âge ou l'aspect physique de Lolita, mais parce que la jeune fille n'est pas ou peu consentante. Elle n'aime pas HH, mais elle reste avec lui parce qu'elle croit ne pas avoir le choix, parce qu'elle n'ose pas partir.

Au début de cette seconde partie (donc, jusqu'à ce que Lolita fuit), je trouve HH de plus en plus odieux. Alors que dans la première partie, il avait en lui un aspect humain, ce fameux aspect Dr Jekyll & Mr Hide qui le rendait touchant, il était aveuglé par le désir, dans cette seconde partie, il est beaucoup plus froid et manipulateur. Il séquestre Lolita de manière complètement consciente, sans se rendre compte du mal qu'il fait à la jeune fille.
En particulier lors du séjour à Beardsley, ses petites remarques acerbes sur les médecins et les proches négligents qui ne comprennent pas la nature de la relation entre HH et Lolita m'ont glacée.
Alors qu'à la fin ... on retrouve le HH du début. Avec sa folie, mais son humanité. Comme quelqu'un qui se réveillerait d'un cauchemar... Il prend conscience des blessures qu'il a pu infliger à Lolita, de son égoïsme atroce envers quelqu'un qu'il dit aimer. Les derniers mots du texte, l'envoi à Lolita m'ont complètement réconcilier avec lui.

Lolita maintenant ... Évidemment, le regard qu'on porte sur elle reste biaisé. Mais elle évolue comme en marge du récit. Très, trop passive au début, elle acquiert petit à petit une vie personnelle, une indépendance d'esprit. Elle commence petit à petit à manipuler HH, ce qui est impensable dans les premiers chapitres de cette partie.
Je regrette beaucoup qu'en regard de Lolita vu par HH, Nabokov ne nous ait pas écrit HH vu par Lolita.

>Que pensez-vous du portrait de l'Amérique qui se dessine cette fois plus nettement dans ces pages ?
Portrait ? Caricature, j'espère ! L'école de Beardsley, où on apprend aux jeunes filles à flirter, et pas grand chose d'autre, est répugnante, presqu'autant qu'HH lui même...
L'Amérique apparait comme un endroit uniquement voué au plaisir, au flirt, au tennis, aux comics. Personne ne s'intéresse réellement aux gens, la relation entre HH et Lolita se déroule sans que personne n'ouvre les yeux, chacun vit dans sa bulle... C'est assez effrayant en fait.

>Que vous inspirent les deux personnages "secondaires" de cette Deuxième Partie, Gaston Gaudin et Clare Quilty ?
Pas grand chose, j'avoue ... Joker !

>Quelles sont les allusions littéraires qui vous semblent particulièrement signifiantes ?
Cette partie road movie est très riche sur le plan culturel, et j'ai senti à plusieurs reprises que des allusions intéressantes, des échos à d'autres livres m'échappaient. Dommage !
J'en ai saisies quelques unes, heureusement !
Je n'ai pas le livre sous la main (je procrastine au travail, c'est mal ...), mais celle qui m'a le plus frappée est le lien avec deux tomes de la Recherche du temps perdu de Proust, La Prisonnière et Albertine disparue (malheureusement, ce sont les deux que j'ai le moins aimé...). Il y a beaucoup d'échos entre le narrateur de Proust et HH d'une part, entre Albertine et Lolita d'autre part. En vrac, ceux que j'ai vu : la situation de la jeune fille, prisonnière plus ou moins consentante d'un homme qui l'aime, la jalousie qui rampe le long du récit, la fuite de la prisonnière, la quête du narrateur, le nom même de Dolorès disparue fait évidemment écho à Albertine disparue. Je pense que la notion d'amours interdite n'est pas étrangère non plus à ce rapprochement, amours homosexuelles pour Proust, amours pédophiles pour HH.

Voilà !
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Popila
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeMar 23 Fév - 21:50

Akina a écrit:
J'ai fini de lire le livre depuis quelques temps déjà, mais j'attendais que mes idées se soient un peu éclaircies avant de venir écrire mon analyse ici... Malheureusement, ça ne s'éclaircit pas vraiment, mais je viens quand même.
Merci d'avoir posté ton avis, Akina. Wink Je crois que cette Deuxième Partie est plus difficile à commenter, car elle est beaucoup plus dense que la Première. Moi-même, je pense attendre le week-end pour essayer de poster quelque chose d'à peu près cohérent (surtout que j'ai oublié mes notes là où je passe mes fins de semaine).

Néanmoins, je crois pouvoir affirmer que je te rejoins sur beaucoup de points, même si pour ma part je crois avoir davantage apprécié cette seconde partie que la première. L'aspect "road-movie" m'a intéressée, et la fin beaucoup touchée, puisqu'elle m'a réconciliée avec le personnage de Humbert Humbert, ce qui n'était pas une mince affaire, vu la répulsion qu'il m'inspirait. Je suis entièrement d'accord avec ton analyse de Lolita, qui acquiert une sorte d'indépendance, et avec ce passage de ton intervention :

Citation :
L'Amérique apparait comme un endroit uniquement voué au plaisir, au flirt, au tennis, aux comics. Personne ne s'intéresse réellement aux gens, la relation entre HH et Lolita se déroule sans que personne n'ouvre les yeux, chacun vit dans sa bulle... C'est assez effrayant en fait.
Je pense que c'est très juste.

Akina a écrit:
Popila a écrit:
Que vous inspirent les deux personnages "secondaires" de cette Deuxième Partie, Gaston Gaudin et Clare Quilty ?
Pas grand chose, j'avoue ... Joker !
Alors j'espère que quelqu'un y reviendra plus longuement. Wink En préparant mon post d'introduction à cette Deuxième Partie, j'ai été frappée par le fait que les personnages secondaires sont finalement assez peu nombreux dans cette oeuvre, et qu'ils ne font le plus souvent l'objet que d'une esquisse. Mais la Première Partie insiste quand même sur deux personnages secondaires féminins, les deux épouses successives de HH, alors que la Deuxième Partie, de manière à la fois symétrique et antithétique, fait la part belle à deux personnages secondaires masculins, Gaston Gaudin, qui est manifestement un pédéraste homosexuel, et Clare Quilty, esthète décadent doté, semble-t-il, des mêmes penchants sexuels que HH. Je vois en eux des doubles, des pendants du personnage principal.

Citation :
Cette partie road movie est très riche sur le plan culturel, et j'ai senti à plusieurs reprises que des allusions intéressantes, des échos à d'autres livres m'échappaient. Dommage !
J'en ai saisies quelques unes, heureusement !

Je n'ai pas le livre sous la main (je procrastine au travail, c'est mal ...), mais celle qui m'a le plus frappée est le lien avec deux tomes de La Recherche du temps perdu de Proust, La Prisonnière et Albertine disparue (malheureusement, ce sont les deux que j'ai le moins aimé...). Il y a beaucoup d'échos entre le narrateur de Proust et HH d'une part, entre Albertine et Lolita d'autre part. En vrac, ceux que j'ai vu : la situation de la jeune fille, prisonnière plus ou moins consentante d'un homme qui l'aime, la jalousie qui rampe le long du récit, la fuite de la prisonnière, la quête du narrateur, le nom même de Dolorès disparue fait évidemment écho à Albertine disparue. Je pense que la notion d'amours interdite n'est pas étrangère non plus à ce rapprochement, amours homosexuelles pour Proust, amours pédophiles pour HH.
J'avais également perçu le rapprochement qu'on pouvait faire avec Proust, même si je n'ai jamais lu dans leur intégralité les deux ouvrages en question (Je n'ai jamais lu La Recherche dans son intégralité, je me suis arrêtée à Sodome et Gomorrhe) ; malgré tout, il est assez facile de faire un rapprochement entre la manière dont Proust analyse la jalousie dans son oeuvre, et la manière dont Nabokov parle de ce sentiment.

J'ai relevé d'autres allusions littéraires qui sont assez signifiantes (tout ce que je vais dire là, je le fais de mémoire, car je n'ai pas mon exemplaire de Lolita sous les yeux, donc pardon pour les citations très approximatives) :

Arrow des allusions à Flaubert et à L'Education sentimentale dans le premier chapitre de la Deuxième Partie, avec l'anaphore du "Nous parcourûmes telle ou telle partie de l'Amérique", et un usage du passé simple qui paradoxalement traduit la répétition, la monotonie et l'ennui de cette errance d'hôtel en hôtel - traditionnellement, c'est plutôt l'imparfait qu'on utilise pour rendre sensibles ces sentiments.

Flaubert en fait usage à la toute fin de L'Education sentimentale en parlant de son héros, Fabrice, héros médiocre qui a raté sa vie (citation là encore très approximative, vu que, pas plus que Lolita, je n'ai L'Education sentimentale à portée de main) : "Il voyagea. Il connut la mélancolie des voyages en paquebot. Il revint." Proust a d'ailleurs fort bien analysé ce passage dans ses textes théoriques.

On voit par là que Nabokov n'était pas professeur de littérature pour rien, et connaissait ses classiques...

Arrow Des allusions à Manon Lescaut de l'abbé Prévost, le Chevalier Des Grieux et Manon pouvant être considérés comme des ancêtres façon Ancien Régime de HH et de Lolita. Ces deux personnages de la littérature sont d'ailleurs amenés à se rendre en Amérique - Manon la fausse ingénue ayant été, à la fin du roman, condamnée à l'exil aux Etats-Unis pour s'être livrée à la prostitution. Le naïf Des Grieux, qui est le narrateur de cette histoire et qui n'a cessé d'être manipulé par Manon, éperdu d'amour pour elle, la suit, ainsi que les autres femmes envoyées là-bas. Manon mourra dans le désert américain dans les bras de son amant... Notons que l'oeuvre de l'abbé Prévost, de même que Lolita dans les années 1950, fit elle aussi scandale en son temps.

Arrow Des allusions à Carmen de Prosper Mérimée, et à son adaptation en opéra par Georges Bizet. Carmen est, comme Lolita, une Espagnole, plus exactement une Bohémienne, et surtout une femme fatale, dont le nom signifie "poème, chant, incantation magique" - le prénom Lolita, lui, signifie "la douleur". Carmen séduit tous les hommes sur son passage, et le crédule Don José en tombe amoureux avant de la tuer quand il constate qu'elle ne l'aime plus - Carmen s'est entichée d'un toréador - et qu'il ne pourra jamais la posséder.

Carmen est, dans le roman de Nabokov, associée à une chanson idiote qu'affectionne Lolita, et à un poème composé par HH sur Dolorès, que lui-même qualifie commé l'oeuvre de quelqu'un de psychiquement dérangé.

Le point commun entre l'oeuvre de Mérimée, de Bizet et de Nabokov, c'est leur dimension littéraire et / ou artistique, qui leur confère, au-delà du caractère sordide du sujet qu'ils traitent, quelque chose de beau et de magique : la musique de Bizet, le style de Nabokov parviennent à donner au sujet qu'ils traitent une dimension autre que celle du simple fait divers. Leur oeuvre devient elle aussi une sorte de "carmen", de chant magique qui séduit les oreilles du lecteur et de l'auditeur. La fin de Lolita, les derniers mots écrit par HH donnent à l'oeuvre et au personnage qui donne son titre au roman - à cette Dolorès tragique - une sorte d'aura ascensionnelle.

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Dernière édition par Popila le Mer 24 Fév - 22:06, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeMer 24 Fév - 16:04

J'ai fini de le lire avant-hier, mais comme Akina, j'ai un peu de mal à rassembler mes idées sur cette seconde partie assez complexe.

Un mot d'abord sur le style (je rappelle que je l'ai lu en VO) : c'est très bien écrit et l'interjection d'expressions françaises ou de bons mots, tout comme des phrases construites à la manière française qui ne sonnent pas comme un l'Anglais mlaternel renforce l'impression de verisimilitude et d'homme cultivé que donne HH.
Citation :

des allusions à Flaubert et à L'Education sentimentale dans le premier chapitre de la Deuxième Partie, avec l'anaphore du "Nous parcourûmes telle ou telle partie de l'Amérique", et un usage du passé simple qui paradoxalement traduit la répétition, la monotonie et l'ennui de cette errance d'hôtel en hôtel - traditionnellement, c'est plutôt l'imparfait qu'on utilise pour rendre sensible ces sentiments.
Je n'ai par contre pas pu percevoir cela, il n'y a pas de différences entre les deux temps en Anglais !

- On sent vraiment l'ennui des deux personnages dans la première partie, la fuite en avant d'HH qui ne recherche que la possibilité de continuer ses relations charnelles avec Lolita. On sent aussi la frustration montante de cette dernière qui a des intérêts adolescents classiques (comics, cinéma, roller ...) et qui souhaite plus de liberté. HH n'a plus d'humanité (dans le sens positif du terme) dans cette partie ni dans la suivante : c'est un monstre égoiste et lubrique. Par contre, il ne nous décrit plus son désir et, paradoxalement, si j'ai éprouvé du dégoût, je me suis senti moins mal à l'aise que quand il décrivait son désir inassouvi. On voit bien que Lolita n'aime pas HH et n'apprécie de coucher avec lui, qu'elle se sent déjà prisonnière d'HH et de sa situation. Les menaces qu'il lui fait montre bien qu'HH sait que Lolita risque de lui échapper si elle n'a pas peur.

La deuxième partie continue dans l'horreur avec une isolation des activités adolescentes ordianires, des règles draconniennes, des disputes de plus en plus fréquentes. C'est ici aussi qu'apparait Gaston, qu'on devine lui aussi pédophile mais plutôt attiré par les jeunes garçons. Il y a aussi l'indifférence et l'aveuglement des voisins, qui comme cela a déjà été dit, est vraiment glaçante ! affraid
On voit aussi Lolita qui commence à évoluer et à cacher des choses à HH puis le manipuler. Elle cherche des échapatoire à n'importe quel prix et rêve de réussir dans le show-biz. Pour cela, elle est prête à retomber sous la coupe d'un autre adulte bien plus âgé qu'elle. HH devient de plus en plus fou, il n'a plus de contact avec la réailté.

Ce n'est que dans la dernière partie que l'on voit enfin ressurgir le côté plus humain d'HH, pathétique et qui se rend enfin compte du mal qu'il a fait. J'arrive à ressentir de la pitié pour lui, alors qu'il était absolument horrible dans les deux parties précédentes. Il a une espèce de rédemption. Cepndant, il n'a toujours pas une relation saine avec Rita, il ne fait que se servir d'elle et l'abandonne sans remords !
D'ailleurs pour une fois, je suis contente que ça finisse mal pour lui : malgré ses regrets dans la dernière partie, il le mérite !
Pour conclure sur HH : il est monstrueux pendant la majorité de cette deuxième partie, mais la fin lui permet de retrouver un peu d'humanité, de retrouver ce côté "Docteur Jekyll" qui a déjà été évoqué. Il reconnait sa folie, le mal qu'il a fait, il essaye d'aider Lolita. La fin de Lolita est triste de banalité : mourir en couche ...sa vie a été brisée, elle n'a pas réussi à s'en sortir. Pour moi, c'est aussi une critique du rêve américain, ce qui m'amène à ma deuxième partie :


- Le portrait de l'Amérique : il est très pessimiste et cynique. Chacun semble en effet vivre dans son monde/sa bulle et ne se préoccuper que des apparences. HH semble être un veuf respectable, donc on ne s'intéresse pas à lui de trop près. Tout comme Gaston semble sympathique et le voisinage se contente de cette apparente bonhommie sans voir le pervers en puissance qui se cache derrière. Il y a aussi toute la partie "road-movie" avec sa vison cynique des motels, des pièges à touristes et du côté futile de tout ça. Il y a aussi le monde du spectacle, trompeur, décadent et qui entraîne Lolita à la poursuite du rêve américain pour la forcer ensuite à travailler comme serveuse. Il semble n'y avoir aucune échapatoire dans cette Amérique souvent lâche, hypocrite et trompeuse. L'Europe ne me semble pas avoir été mieux représente, quand on voit la première partie et le personnage d'HH et de Gaston.
Les personnages secondaires, sorte d'échos à HH et qui viennet l'un d'Europe, l'autre des USA.

- Les personnages seoncdaires (Gaston et Clare) de cette deuxième partie semblent eux aussi dépravés. Les deux sont pédophile : Gaston ne passe pas à l'acte sous nos yeux, mais il est sous-entendu qu'il le fait plus tard en Europe. Il sait se cacher dans cette communauté américaine bien-pensante et aveugle. Clare Quilty, lui, est protégé par sa richesse et son succès qui lui autorise tous les esxcès (drogues, sexe, détournement de mineurs ...) sans être inquiété. Les personnes qui ne sont pas immorales sont alors naïves et se laissent facilement berner : Dick, Rita ... L'auteur nous montre qu'HH n'est pas le seul pervers et que d'autres s'en sortent bien mieux que lui et n'ont pas de remords.


- Pour les allusions littéraires, j'avour que ma culture classique n'est pas si étendue que les vôtres ! Embarassed La seule chose que je peux dire, c'est que le succès de Lolita auprès des hommes puis sa chute et sa mort m'a un peu fait pensé à Nana (que je n'ai pas lu mais dont je connais les grandes lignes), même si Lolita est bien plus une victime que cette dernière !

Voilà pour mes premières réflexions sur cette deuxième partie ! Very Happy
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Popila
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeMer 24 Fév - 18:30

JainaXF a écrit:
Citation :
des allusions à Flaubert et à L'Education sentimentale dans le premier chapitre de la Deuxième Partie, avec l'anaphore du "Nous parcourûmes telle ou telle partie de l'Amérique", et un usage du passé simple qui paradoxalement traduit la répétition, la monotonie et l'ennui de cette errance d'hôtel en hôtel - traditionnellement, c'est plutôt l'imparfait qu'on utilise pour rendre sensible ces sentiments.
Je n'ai par contre pas pu percevoir cela, il n'y a pas de différences entre les deux temps en Anglais !
Ah tiens, c'est intéressant : je n'avais pas pensé que la distinction entre ces deux temps n'existe pas en anglais. Je serais curieuse de savoir quelle est l'expression utilisée en anglais à la tête d'un certain nombre de paragraphes du premier chapitre de la Deuxième Partie, pour savoir si cela vient vraiment de Nabokov ou si c'est une liberté prise par le traducteur.

JainaXF a écrit:
Ce n'est que dans la dernière partie que l'on voit enfin ressurgir le côté plus humain d'HH, pathétique et qui se rend enfin compte du mal qu'il a fait. J'arrive à ressentir de la pitié pour lui, alors qu'il était absolument horrible dans les deux parties précédentes. Il a une espèce de rédemption.
J'ai ressenti la même chose.

JainaXF a écrit:
Cependant, il n'a toujours pas une relation saine avec Rita, il ne fait que se servir d'elle et l'abandonne sans remords !
J'avoue ne plus très bien me rappeler comment cette relation finit, mais j'ai bien aimé la façon dont elle est décrite. Rita est un personnage complètement déboussolé, à la dérive : une désaxée, pour ainsi dire.

JainaXF a écrit:
La fin de Lolita est triste de banalité : mourir en couche ...sa vie a été brisée, elle n'a pas réussi à s'en sortir.
Cela fait un moment que j'ai lu le livre, et je ne me rappelai absolument pas de cela : la honte ! Embarassed

JainaXF a écrit:
Pour moi, c'est aussi une critique du rêve américain.
Oui, tout à fait, et c'est très intéressant dans la mesure où j'ai l'impression que c'est un thème récurrent dans la littérature américaine, qu'au fond je connais assez mal : j'ai pris un peu d'avance sur la suite de la lecture de groupe, et on retrouve cette critique, sur un mode très différent, du rêve américain dans Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald.

On peut également penser aux films de Sam Mendes, American Beauty, et Les Noces Rebelles, qui traitent du même thème.

Sinon, pour les allusions littéraires, je pense que quand on arrive à les décrypter, elles apportent un autre éclairage sur l'oeuvre, mais ne permettent pas d'en faire le tour. Je perçois le style de Nabokov comme profondément original, et même si dans la Deuxième Partie j'ai trouvé que les références culturelles étaient plus faciles à repérer, elles sont loin d'être toujours éclairantes, car elles induisent le lecteur à penser que Lolita connaîtra une fin tragique, à la manière d'Albertine, de Manon ou de Carmen, et en fait, sa fin est assez désespérante de banalité. Tout au long du livre, j'ai cru qu'elle finirait assassinée par HH dans un accès de folie meurtrière, et en fait, non ; il s'en prend à Clare Quilty. La scène du meurtre est d'ailleurs assez interminable, c'est un peu comme si HH se tuait lui-même, ou tuait l'un de ses doubles. Il retrouve d'ailleurs paradoxalement une forme d'humanité après, alors qu'il a commis un acte odieux.

Sinon, toujours à propos des allusions littéraires, sachez qu'il existe un article qui établit un parallèle entre Lolita et Alice au pays des merveilles. Je ne l'ai pas à ma disposition, mais Emjy l'a emprunté à la bibliothèque ; elle pourra à l'occasion nous en dire davantage sur le sujet.

En tout cas, le moins qu'on puisse dire, c'est que cette lecture s'avère plutôt riche et stimulante pour l'esprit ! C'est un réel plaisir que de lire vos impressions de lecture ; je découvre toujours quelque chose que j'ai plus ou moins senti, mais pas réussi à exprimer ou à formuler dans ma tête au moment de la lecture. Very Happy

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Akina
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeMer 24 Fév - 18:57

Popila a écrit:

Ah tiens, c'est intéressant : je n'avais pas pensé que la distinction entre ces deux temps n'existe pas en anglais. Je serais curieuse de savoir quelle est l'expression utilisée en anglais à la tête d'un certain nombre de paragraphes du premier chapitre de la Deuxième Partie, pour savoir si cela vient vraiment de Nabokov ou si c'est une liberté prise par le traducteur.
J'ai rouvert le bouquin pour argumenter la thèse de Jaina ... Et je me vois à argumenter la tienne, Popila : "We came to know - "nous connûmes", to use a flaubertian intonation - the stone cottage etc." Le paragraphe suivant commence de la même manière : "Nous connûmes (this is royal fun) the would-be enticement of their repetive names." Et celui d'après ! "Nous connûmes the various types of motor court operators, ..." Il revient à l'anglais dans le suivant : "We avoided Tourist Home ..."
La référence à Flaubert et à ce temps est donc très très claire ! J'ai honte de l'avoir occultée à ce point (il faut croire que je n'aime vraiment pas cet auteur !

Popila a écrit:
JainaXF a écrit:
Cependant, il n'a toujours pas une relation saine avec Rita, il ne fait que se servir d'elle et l'abandonne sans remords !
J'avoue ne plus très bien me rappeler comment cette relation finit, mais j'ai bien aimé la façon dont elle est décrite. Rita est un personnage complètement déboussolé, à la dérive : une désaxée, pour ainsi dire.
J'ai beaucoup aimé Rita aussi. Elle introduit un souffle d'air frais dans le roman, qui fait beaucoup de bien. C'est un certain retour à la normalité qui m'a ... soulagée.

Popila a écrit:
JainaXF a écrit:
La fin de Lolita est triste de banalité : mourir en couche ...sa vie a été brisée, elle n'a pas réussi à s'en sortir.
Cela fait un moment que j'ai lu le livre, et je ne me rappelai absolument pas de cela : la honte ! Embarassed
C'est normal ! Ce n'est pas à la fin ! Quand HH écrit son journal, il ne sait absolument pas ce qui va advenir de Lolita. Il lui souhaite même une vie longue et heureuse. Mais je l'ai repris au début après avoir tourné la dernière page et j'ai relu le "Foreword". A ce moment là, il est dit que "Mrs Richard F. Schiller died in childbed, giving birth to a stillborn girl." Lorsqu'on le lit la première fois, on ne sait pas que cette épouse est Lolita donc on ne prête pas attention à son destin ! C'est encore une ruse de Nabokov.
D'ailleurs, après relecture, j'ai relié cette phrase au délire de HH, vers le milieu du livre, au sujet des Lolita I, Lolita II et Lolita III qu'il espère élever et dont il souhaite profiter. C'est une petite fille qui aurait du naître, être cette Lolita II. C'est comme si Nabokov tuait le fantasme malsain de HH.

Popila a écrit:
c'est un thème récurrent dans la littérature américaine, qu'au fond je connais assez mal : j'ai pris un peu d'avance sur la suite de la lecture de groupe, et on retrouve cette critique, sur un mode très différent, du rêve américain dans Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitzgerald. On peut également penser aux films de Sam Mendes, American Beauty, et Les Noces Rebelles, qui traitent du même thème.
J'ai l'impression que les américains n'écrivent que pour comparer le rêve américain à une Europe fantasmée (je pense à H. James, par exemple) ou pour éventrer ce rêve ...

Popila a écrit:

Je perçois le style de Nabokov comme profondément original, et même si dans la Deuxième Partie j'ai trouvé que les références culturelles étaient plus faciles à repérer, elles sont loin d'être toujours éclairantes, car elles induisent le lecteur à penser que Lolita connaîtra une fin tragique, à la manière d'Albertine, de Manon ou de Carmen, et en fait, sa fin est assez désespérante de banalité.

Déjà, je pense que Nabokov est un auteur extrêmement cultivé, qui produit des références littéraires comme il respire. Son héros, et narrateur, est lui même un intellectuel. Le récit insiste énormément sur ce trait de caractère, et les références sont aussi là pour nous le démontrer. D'ailleurs, alors que Nabokov est russe, la plupart des références sont envers la littérature française, comme HH. A moins que ce soient les seules que nous aillons vues ?
En ce qui concerne la fin de Lolita : je pense que la fin tragique est celle qui l'aurait attendue si elle ne s'était pas enfuie. Contrairement à Albertine, Manon et Carmen, elle se rebelle contre le narrateur (l'auteur ?) et décide elle même de son propre destin, de celui qu'elle aurait eu si HH n'était pas entré dans son histoire : celui d'une épouse et d'une mère, banale comme sa ville, comme sa mère, comme elle-même.
A force d'en parler ici, je me demande si Lolita n'est pas une oeuvre sur la littérature, le fait de créer des histoires, plus que l'histoire d'amour pour lequel il est connu. Après nos réflexions de la partie 1 sur le regard qu'on a sur les personnages, et celles de la partie II sur le rôle des références culturelles sur le déroulement de l'histoire ...

Popila a écrit:
La scène du meurtre est d'ailleurs assez interminable, c'est un peu comme si HH se tuait lui-même, ou tuait l'un de ses doubles. Il retrouve d'ailleurs paradoxalement une forme d'humanité après, alors qu'il a commis un acte odieux.
Mais justement, est-ce qu'il ne tue pas là Mr Hyde ? Est-ce qu'il ne tue pas son double pervers, qu'on ne retrouve plus jamais dans la suite du roman ?

Popila a écrit:
En tout cas, le moins qu'on puisse dire, c'est que cette lecture s'avère plutôt riche et stimulante pour l'esprit ! C'est un réel plaisir que de lire vos impressions de lecture ; je découvre toujours quelque chose que j'ai plus ou moins senti, mais pas réussi à exprimer ou à formuler dans ma tête au moment de la lecture. Very Happy

C'est fantastique de pouvoir discuter comme cela sur une oeuvre ! ça fait longtemps que je n'avais pas décortiqué un texte de cette façon et c'est véritable plaisir ! J'espère que ça continuera avec les prochaines oeuvres !
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeMer 24 Fév - 19:54

Akina a écrit:
J'ai beaucoup aimé Rita aussi. Elle introduit un souffle d'air frais dans le roman, qui fait beaucoup de bien. C'est un certain retour à la normalité qui m'a ... soulagée.
Tout pareil que toi, Akina ! Very Happy

AKina a écrit:
Popila a écrit:
JainaXF a écrit:
La fin de Lolita est triste de banalité : mourir en couche ...sa vie a été brisée, elle n'a pas réussi à s'en sortir.
Cela fait un moment que j'ai lu le livre, et je ne me rappelai absolument pas de cela : la honte ! Embarassed
C'est normal ! Ce n'est pas à la fin ! Quand HH écrit son journal, il ne sait absolument pas ce qui va advenir de Lolita. Il lui souhaite même une vie longue et heureuse. Mais je l'ai repris au début après avoir tourné la dernière page et j'ai relu le "Foreword". A ce moment là, il est dit que "Mrs Richard F. Schiller died in childbed, giving birth to a stillborn girl." Lorsqu'on le lit la première fois, on ne sait pas que cette épouse est Lolita donc on ne prête pas attention à son destin ! C'est encore une ruse de Nabokov.
D'ailleurs, après relecture, j'ai relié cette phrase au délire de HH, vers le milieu du livre, au sujet des Lolita I, Lolita II et Lolita III qu'il espère élever et dont il souhaite profiter. C'est une petite fille qui aurait du naître, être cette Lolita II. C'est comme si Nabokov tuait le fantasme malsain de HH.
Ah ! Encore un piège de Nabokov ! Wink Merci de m'avoir aidée à repérer ce chausse-trappe, Akina. Lolita est un livre qui gagne à être relu ; je tâcherai de vous montrer ce week-end, notes à l'appui, que Nabokov joue sur le mots, et plus particulièrement sur les noms de ses personnages, mais le lecteur ne s'en rend compte que s'il pratique une relecture, car c'est seulement en connaissant la fin qu'il peut les décrypter.

Akina a écrit:
Popila a écrit:
Je perçois le style de Nabokov comme profondément original, et même si dans la Deuxième Partie j'ai trouvé que les références culturelles étaient plus faciles à repérer, elles sont loin d'être toujours éclairantes, car elles induisent le lecteur à penser que Lolita connaîtra une fin tragique, à la manière d'Albertine, de Manon ou de Carmen, et en fait, sa fin est assez désespérante de banalité.

Déjà, je pense que Nabokov est un auteur extrêmement cultivé, qui produit des références littéraires comme il respire. Son héros, et narrateur, est lui même un intellectuel. Le récit insiste énormément sur ce trait de caractère, et les références sont aussi là pour nous le démontrer. D'ailleurs, alors que Nabokov est russe, la plupart des références sont envers la littérature française, comme HH. A moins que ce soient les seules que nous aillons vues ?

En ce qui concerne la fin de Lolita : je pense que la fin tragique est celle qui l'aurait attendue si elle ne s'était pas enfuie. Contrairement à Albertine, Manon et Carmen, elle se rebelle contre le narrateur (l'auteur ?) et décide elle même de son propre destin, de celui qu'elle aurait eu si HH n'était pas entré dans son histoire : celui d'une épouse et d'une mère, banale comme sa ville, comme sa mère, comme elle-même.

A force d'en parler ici, je me demande si Lolita n'est pas une oeuvre sur la littérature, le fait de créer des histoires, plus que l'histoire d'amour pour lequel il est connu. Après nos réflexions de la partie 1 sur le regard qu'on a sur les personnages, et celles de la partie II sur le rôle des références culturelles sur le déroulement de l'histoire ...
Entièrement d'accord avec toi ; c'est vrai que les références à la littérature française sont nombreuses, et je me suis posée la même question que toi : Nabokov ne fait-il référence qu'à des auteurs français, ou y a-t-il des allusions qui nous échappent parce que nous n'avons pas une culture aussi immense que Nabokov ?

Quant à Lolita, je crois que tu as raison : il l'aurait tuée si elle était restée avec lui.

Et je crois tout comme toi que plus qu'une "histoire d'amour", Lolita est une réflexion sur la littérature. Il est moins question de Lolita en tant que personnage "réel" que de la créature que HH a forgé dans son imagination. C'est un thème que l'on retrouvera dans Gatsby le Magnifique - le pouvoir de l'imagination et de la littérature - Azar Nafisi l'analyse très bien dans son livre Lire Lolita à Téhéran, dans la partie - assez hallucinante, je dois dire - qui est consacrée à Gatsby le Magnifique : elle établit un parallèle entre Lolita, Gatsby, et d'autres oeuvres de la littérature, qui mettent en avant le pouvoir de l'imagination.

Akina a écrit:
Popila a écrit:
La scène du meurtre est d'ailleurs assez interminable, c'est un peu comme si HH se tuait lui-même, ou tuait l'un de ses doubles. Il retrouve d'ailleurs paradoxalement une forme d'humanité après, alors qu'il a commis un acte odieux.
Mais justement, est-ce qu'il ne tue pas là Mr Hyde ? Est-ce qu'il ne tue pas son double pervers, qu'on ne retrouve plus jamais dans la suite du roman ?
Je crois effectivement que c'est ça, et je me demande même si cette scène n'est pas préfigurée à la fin de la Première Partie, dans une scène très étrange où HH se retrouve dans le hall d'un hôtel, complètement ivre, et où l'on comprend peu à peu qu'il s'adresse à l'image de lui-même que lui renvoie un miroir.

Akina a écrit:
Popila a écrit:
En tout cas, le moins qu'on puisse dire, c'est que cette lecture s'avère plutôt riche et stimulante pour l'esprit ! C'est un réel plaisir que de lire vos impressions de lecture ; je découvre toujours quelque chose que j'ai plus ou moins senti, mais pas réussi à exprimer ou à formuler dans ma tête au moment de la lecture. Very Happy
C'est fantastique de pouvoir discuter comme cela sur une oeuvre ! ça fait longtemps que je n'avais pas décortiqué un texte de cette façon et c'est véritable plaisir ! J'espère que ça continuera avec les prochaines oeuvres !
Je ne peux que plussoyer ! Very Happy

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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeSam 27 Fév - 16:46

Je viens de finir le roman et je vais tâcher de donner mon avis avant de retourner à mon TPE (bad girl ^^).

Pour commencer, l'aspect road-movie m'a plu et j'avoue que la vision de l'Amérique ne m'a pas glacée comme vous (mais j'y reviendrai après). Je ne sais pas si j'ai préféré une partie ou l'autre, la deuxième est en effet plus denses mais les deux sont également intéressantes.

Le personnage d'Humbert Humbert
Je m'obstine à refuser la comparaison avec un monstre Laughing, même si j'admets que ses moments calculateurs et sa bestialité font froid dans le dos. La fin évidemment redonne un peu "d'humanité" au personnage. On perçoit le romantique du début quand il s'exprime sur son amour, unique finalement, pour Lolita. Est-ce un leurre ? Je ne sais pas mais j'ai lu le passage de "tuerie" presque avec indifférence, ça n'avait pas la même portée dramatique que s'il avait tué Lolita (ce que contrairement à vous je crois qu'il n'aurait jamais été capable de faire) et la révélation de l'identité de "Gustave Trapp" m'a semblé tomber un peu de nulle part. Sinon, j'ai trouvé les dernières pages très belles (l'arrêt au dessus de la vallée qu'il raconte et les dernières lignes) mais elles m'ont semblé n'avoir pas tout à fait leur place. En fait je trouve assez bizarre l'oscillation constante du roman entre le désir bestial d'Humbert Humbert et son amour (sincère ?) pour Lolita. C'est justement l'un des paradoxes du livre.

Les personnages secondaires
Premièrement il se trouve que dans ce roman, les trois pédophiles sont cultivés, ce qui est assez dérangeant, insinuerait-on que ce trouble existe surtout chez les hommes de lettres ? je ne dis pas par là que les pédophiles doivent forcément être mal élevés et ignares mais enfin, trois sur trois me semble très gros pour une coïncidence. Ensuite, j'ai cru percevoir une nette différence entre Gaston qui satisfait ses besoins discrètement, en vivant en plein milieu de la société qu'il trompe, Quilty qui vit dans la débauche la plus extrême et le narrateur qui s'étend sur ses sentiments pour les nymphettes et fait même preuve de sensiblerie en parlant de Lolita. Dans les deux premiers cas, tout est purement sexuel, dans le troisième, sincères ou pas, il y a sentiments.
Comme vous, j'ai apprécié la pause avec le personnage de Rita Smile.

Lolita
Je reviens sur le personnage de Lolita. Dans la première partie, je la trouvais mal élevée, audacieuse, impudente, un peu pervertie aussi (cela dit pour le dernier qualificatif, je pense qu'il s'agissait pas mal de l'impression qu'elle voulait donner d'elle dans un moment audacieux). Si le road-movie n'apporte pas grand chose, la dernière partie en revanche lui donne du relief. C'est la première fois qu'HH imagine (ou en tout cas qu'il nous le dit) qu'elle ait pu avoir des sentiments et des idées auxquels il n'avait aucun accès. J'aime cette nuance qui nous révèle un autre aspect de Lolita et lui donne quelque chose en plus, j'ai aussi aimé le fait qu'elle ait trouvé la force de refuser de se mêler à la débaucherie de Quilty.

Lolita, un roman...
Je ne reviens pas sur les allusions littéraires que vous avez vues et que j'ai ou laissées passer ou oubliées aussitôt ^^.
Mais je ne vois pas Lolita comme un roman sur la littérature, ni comme une histoire d'amour en fait. Dans l'article qu'il y a à la suite du roman dans mon édition (l'avez vous aussi ?), l'auteur explique que c'est une histoire qui le hantait. Il explique également que contrairement à ce qu'affirme "le suave John Ray" qu'il a pastiché, son roman n'est pas moral et qu'il ne s'agit aucunement de "littérature d'idées" ("littérature d'idées" qu'il critique d'ailleurs assez méchamment avec une ou deux phrases seulement). L'auteur affrime également que "Lolita est le fruit de ses amours avec la langue anglaise". Alors que penser ? Qu'est Lolita finalement ? Une peinture de l'Amérique ? L'auteur se défend également d'un anti-américanisme qu'on lui aurait reproché dans ce roman. Bref, je serais bien incapable à présent de vous qualifier Lolita.

L'aspect road-movie et la peinture de l'Amérique
Suis-je naïve ou aveugle ? Suis-je blasée ? Je ne sais pas du tout. La peinture de l'Amérique ne m'a pas semblé plus pessimiste qu'une autre, mais j'ai peut-être lu ou vu trop d'histoires plus désespérées et plus glauques (Revolutionnary Road et American Beauty sont de très bons exemples et il y en a encore bien d'autres) pour m'étonner. Et même celle dans The Great Gatsby ne m'a pas déprimée, j'ai peut-être juste un fort potentiel de fatalisme joyeux qui m'empêche de m'émouvoir ^^. L'idée que les auteurs américains aient une vision idéalisée de l'Europe est intéressante même si je ne peux m'empêcher de croire qu'elle n'est pas entièrement vraie. En tout cas, Europe et Amérique sont bien différentes. J'ai l'impression que les Américains se sont construits autour de l'American Dream, ce que l'on peut tout à fait approuver comme décrier. C'est sans doute à cause de cette focalisation qui élude bien d'autres aspects de la vie que les auteurs américains explorent souvent ces thèmes particuliers de la marginalité, la souffrance, la désillusion mais je suppose que nous aurons largement l'occasion de revenir là dessus dans la discussion sur The Great Gatsby.

La peinture qui nous est faite de l'Amérique dans Lolita se concentre beaucoup sur les paysages, l'auteur le dit lui-même. Les personnages secondaires font donc plus ou moins partie du décor et ne sont présents que pour le compléter et comme pour une assez grande partie du livre il s'agit d'une sorte de road-movie, il n'est pas très étonnant qu'il y en ait à la fois beaucoup en nombre et si peu en importance. De plus, cela resserre l'action sur les personnages, on a alors l'image d'un huis-clos étouffant entre HH et sa belle-fille seuls au milieu de tous les autres, dans l'immensité du pays. L'Amérique qu'on y peint est celle des puritains refermés sur eux-mêmes au point de ne plus voir les autres, celle des motels pas toujours très propres, des adolescents (d'où l'importance des comics et du cinéma) et enfin des immigrés lettrés comme HH ou Gaston. Nabokov a vu cette Amérique avec les yeux d'un immigré lettré mais aussi ceux d'un écrivain, c'est à dire un être en principe plus observateur que les autres mais parfois également plus subjectif. Cette vision est-elle la sienne ? Dans l'article, il nous dit bien que puisqu'il s'agit de fiction, son opinion ne rejoint pas toujours celle du narrateur (il prend l'exemple tout à fait judicieux des nymphettes). Cette vision n'est pas objective, mais on peut penser que c'est de l'opinion du narrateur qu'elle est empreinte et non de celle de l'auteur. La vision de HH a tout de même une grande importance dans le livre, elle a pu dévier aussi la description de l'Amérique en y portant des jugements que l'auteur n'avait pas où à moindre degré. Et même si c'est la vision de Nabokov (je ne peux pas me prononcer sur cette question, est-ce la sienne ou pas), je ne crois pas qu'on puisse trouver à sa description de l'Amérique la même désillusion qu'on trouve chez Fitzgerald par exemple, sa vision est autrement personnelle car il est immigré là où Fitzgerald est natif (ce qui me paraît excerber la sensibilité en général, vous ne critiqueriez pas de la même manière la France ou la Russie).

Voilà pour mon opinion sur la deuxième partie.
Lire un livre pour le commenter avec autant de précision après et en discuter m'a beaucoup plu (et en plus, mine de rien ça entraîne pour le Français Na! Razz), j'ai hâte de réitérer avec The Great Gatsby que j'aime beaucoup Smile.


Dernière édition par Lise Bennet le Sam 27 Fév - 19:10, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeSam 27 Fév - 18:12

Je pense que les références littéraires dans Lolita n'en font pas forcément un roman sur la littérature, mais cela montre plutôt qu'une oeuvre littéraire ne se crée pas ex nihilo, mais s'inscrit toujours dans un ensemble, que l'auteur de cette oeuvre a été nourri de ces références pour créer à son tour une oeuvre originale : il me semble que c'est kant qui dans La Critique de la Raison Pure écrit que l'artiste est celui qui a réussi à s'inspirer de ce qui l'a précédé pour créer une oeuvre originale.

J'ai bien aimé l'aspect "Road-Book" de cette seconde partie, il m'a semblé que l'errance spatiale reflétait l'errance psychologique de Humber Humbert. En ce qui concerne la peinture de l'Amérique que l'on voit ici, j'ai l'impression que l'auteur veut mettre en lumière une contradiction entre une Amérique puritaine aux valeurs morales bien assurées et une Amérique sexuellement libre (qui la mène à toutes sortes de perversions). Mais je constate que finalement la peinture de l'Europe n'est pas bien reluisante car,comme vous l'avez fait remarquer, ces pervers viennent du vieux continent!

Pour ce qui est d'Humbert Humbert, il apparaît plus humain dans cette partie, mais il se livre quand même au chantage pour obtenir les faveurs de Lolita. Je suis d'accord avec vous quand vous dites qu'il tue son double à la fin du livre, je pense qu'on peut l'interpréter ainsi, mais finalement la fin reste assez ouverte sur son devenir...

Quant à Lolita, on dirait qu'elle semble prendre conscience du fantasme qu'elle a créé chez cet homme et qu'elle essaie de s'en délivrer en montrant qu'elle a ses idées propres. Mais c'est un personnage qui ne peut avoir qu'une fin tragique!
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeSam 27 Fév - 18:17

Pour HH, il est mentionnée au début qu'il est mort d'un arrête cardiaque (ce qui permet la publication du livre) en même temps qu'on nous parle du destin de Lolita !
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeSam 27 Fév - 18:42

Ouh la la!! Il faut que je relise le début, lol! je ne m'en rappelais plus. Merci de me rafraîchir la mémoire, JainaXF!!!
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeDim 28 Fév - 10:47

Merci pour vos avis, Lise et Virginia ! Wink

Je vous réponds un peu en coup de vent (j'ai un week-end assez chargé).

@ Lise : je crois qu'il faudrait qu'on s'entende sur le sens à donner au mot "monstre", parce que je ne suis pas sûre que nous mettions derrière, l'une et l'autre, la même signification.Sinon, je suis assez d'accord avec ton analyse de HH.

Pour ce qui est des pédophiles de ce livre, qui sont tous assez cultivés, je pense que HH a voulu montrer que la culture ne préservait pas de ce genre de déviance.

Sinon, c'est vrai que la Deuxième Partie met Lolita plus en relief, c'est peut-être pour cette raison que je la trouve meilleure à la Deuxième Partie.

Lise Bennet a écrit:
Mais je ne vois pas Lolita comme un roman sur la littérature, ni comme une histoire d'amour en fait.
Là je ne suis pas d'accord, au moins avec la première partie de ton affirmation. Ne serait-ce que parce que la fin de Lolita est un hymne aux pouvoirs rédempteurs de la littérature.

Lise Bennet a écrit:
Dans l'article qu'il y a à la suite du roman dans mon édition (l'avez vous aussi ?), l'auteur explique que c'est une histoire qui le hantait. Il explique également que contrairement à ce qu'affirme "le suave John Ray" qu'il a pastiché, son roman n'est pas moral et qu'il ne s'agit aucunement de "littérature d'idées" ("littérature d'idées" qu'il critique d'ailleurs assez méchamment avec une ou deux phrases seulement). L'auteur affirme également que "Lolita est le fruit de ses amours avec la langue anglaise". Alors que penser ? Qu'est Lolita finalement ? Une peinture de l'Amérique ? L'auteur se défend également d'un anti-américanisme qu'on lui aurait reproché dans ce roman. Bref, je serais bien incapable à présent de vous qualifier Lolita.
Non, je ne suis pas en possession de cette post-face, malheureusement. Du résumé que tu nous donnes de ces lignes, je déduis que Nabokov répond aux critiques qu'on a pu faire de son roman, se défend - à juste titre - d'avoir voulu faire de la littérature d'idée, c'est-à-dire de la littérature "à message", et le fait qu'il affirme que Lolita est le fruit de ses amours avec la langue anglaise confirme - à mes yeux tout au moins - que Lolita est un livre où Nabokov joue avec les mots et avec le langage.

Lise Bennet a écrit:
En tout cas, Europe et Amérique sont bien différentes. J'ai l'impression que les Américains se sont construits autour de l'American Dream, ce que l'on peut tout à fait approuver comme décrier. C'est sans doute à cause de cette focalisation qui élude bien d'autres aspects de la vie que les auteurs américains explorent souvent ces thèmes particuliers de la marginalité, la souffrance, la désillusion mais je suppose que nous aurons largement l'occasion de revenir là dessus dans la discussion sur The Great Gatsby.
Tout juste. Dans Lolita et Gatsby le Magnifique, les deux auteurs ont une vision extrêmement critique de l'Amérique et du rêve américain.

Miss Virginia a écrit:
Je pense que les références littéraires dans Lolita n'en font pas forcément un roman sur la littérature, mais cela montre plutôt qu'une oeuvre littéraire ne se crée pas ex nihilo, mais s'inscrit toujours dans un ensemble, que l'auteur de cette oeuvre a été nourri de ces références pour créer à son tour une oeuvre originale : il me semble que c'est kant qui dans La Critique de la Raison Pure écrit que l'artiste est celui qui a réussi à s'inspirer de ce qui l'a précédé pour créer une oeuvre originale.
Les références littéraires n'en font pas forcément un livre sur la littérature, mais un livre très littéraire. Wink C'est la fin du livre qui me fait dire qu'au fond, le vrai sujet de ce livre est la littérature et ses pouvoirs.

Citation :
J'ai bien aimé l'aspect "Road-Book" de cette seconde partie, il m'a semblé que l'errance spatiale reflétait l'errance psychologique de Humber Humbert.

Tout à fait.

Sinon, je suis d'accord avec ce que vous avez avancé.

J'essaierai de commenter certains points plus en détail dans le courant de la semaine. Wink

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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeDim 28 Fév - 12:51

Popila a écrit:
@ Lise : je crois qu'il faudrait qu'on s'entende sur le sens à donner au mot "monstre", parce que je ne suis pas sûre que nous mettions derrière, l'une et l'autre, la même signification.Sinon, je suis assez d'accord avec ton analyse de HH.
Tu as sans doute raison, je crois que ce mot a un sens extrêmement fort pour moi. En fait, il représente quelque chose d'absolu (et j'ai déjà du mal à croire à l'absolu), la tyrannie, la déchéance, le mal au paroxysme et c'est pourquoi je tique même pour qualifier Hitler de ce mot (oui, la comparaison va loin) parce que je crois vraiment en la dualité de l'être humain (une dualité qui empêche donc une notion absolue). J'espère que c'est assez clair scratch, c'est un sujet qui sans être personnel me touche beaucoup, c'est sans doute pourquoi j'ai un ressenti aussi fort à propos du mot "monstre". Si ce mot a pour vous un sens moins fort, il se peut que nous soyons effectivement d'accord sur l'idée et pas sur la terminologie Smile.

Popila a écrit:
Pour ce qui est des pédophiles de ce livre, qui sont tous assez cultivés, je pense que HH a voulu montrer que la culture ne préservait pas de ce genre de déviance.
D'accord pour cette interprétation Smile.

Popila a écrit:
Lise Bennet a écrit:
Mais je ne vois pas Lolita comme un roman sur la littérature, ni comme une histoire d'amour en fait.
Là je ne suis pas d'accord, au moins avec la première partie de ton affirmation. Ne serait-ce que parce que la fin de Lolita est un hymne aux pouvoirs rédempteurs de la littérature.
[...]
Les références littéraires n'en font pas forcément un livre sur la littérature, mais un livre très littéraire. Wink C'est la fin du livre qui me fait dire qu'au fond, le vrai sujet de ce livre est la littérature et ses pouvoirs.
Oui je suis d'accord sur ça et "le fait qu'il affirme que Lolita est le fruit de ses amours avec la langue anglaise confirme - à mes yeux tout au moins - que Lolita est un livre où Nabokov joue avec les mots et avec le langage." Ca me paraît assez juste, Lolita respire la littérature et l'amour de la littérature et c'est justement ça qui rend la fin si belle avec un tel sujet Smile.
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeMer 3 Mar - 18:55

J'ai retrouvé les notes que j'avais prises au cours de ma lecture, et je prends le temps de revenir sur les noms des personnages et des localités, auxquels je vous avais demandé d'être attentifs : c'est une façon de rebondir sur l'extrait de l'article écrit par Nabokov et cité par Lise, où "il déclare que "Lolita est le fruit de ses amours avec la langue anglaise".

On pourrait reprendre cette citation et l'élargir en disant que Lolita est le fruit des amours de Nabokov avec le langage tout court !

On notera que la langue maternelle de Nabokov était le russe, mais que Lolita est écrit dans la langue du pays qui a bien voulu l'accueillir et où il donna des cours de littérature, l'Amérique.

Je ne prétends pas à l'exhaustivité, mais voici ce que j'ai relevé :

Arrow le nom de la pièce dans laquelle Lolita va jouer : Les Chasseurs enchantés (page 353 dans l'édition Folio).

Ce titre a une dimension symbolique : il désigne Humbert Humbert, et, d'une certaine manière, Clare Quilty, prédateurs enchaînés par une enchanteresse, Lolita, qui devient ainsi une nouvelle Circé transformant les hommes en pourceaux. Un peu plus haut, Humbert Humbert évoquait son périple avec Lolita en parlant de leur "Odyssée coupable" (page 309), après avoir moqué le goût de Lolita pour le cinéma hollywoodien, les comics et les magazines féminins, pointant ainsi du doigt sa vulgarité et son inculture, manière pour lui de se venger de son insensibilité, et pour Nabokov, de critiquer l'Amérique (page 300).

HH ne le sait pas encore, mais cette pièce d'avant-garde, occasion pour Lolita d'apprendre à dissimuler, va précipiter leur destin à tous les deux. C'est l'époque où Lolita tombe vraisembablement amoureuse, et tente de s'enfuir (page 359). Notons que comme dans la Première Partie au moment de la mort de Charlotte, le téléphone joue un rôle tragique, souligné par HH lui-même de manière ironique, et que la boîte de jeu d'échecs offerte par Gaston, le voisin pédophile, va servir à cacher un pistolet (chapitre 17)...

Arrow HH s'imagine que lui et Lolita sont suivis par un détective qu'il nomme Trapp ; or "Trapp" signifie en allemand le piège (chapitre 18)...

Arrow la lettre codée de Mona à Lolita (chapitre 19) : je ne l'ai pas sous les yeux, mais il y a un jeu de mot qui sert à désigner Clare Quilty (Qu'il t'y), HH avoue d'ailleurs ne pas comprendre le sens de cette lettre, mais y déceler quelque chose de malveillant.

Arrow Au chapitre 20, HH assimile de façon cette fois explicité Lolita à Circé et à Viviane, deux enchanteresses très célèbres de la littérature, qui nous renvoient au titre de la fameuse pièce de théâtre...

Il décrit également, de manière remarquable, la façon qu'a Lolita de jouer au tennis, avant d'évoquer une scène où Lolita et lui-même jouent un double avec deux étrangers, et où le coup de téléphone suspect d'un individu joue à nouveau le rôle du destin.

Arrow Au chapitre 23, une fois Lolita disparue, Clare Quilty laisse des pseudonymes littéraires dans les registres d'hôtel où il passe avec Lolita, alors que HH est à leur poursuite : c'est le seul fil d'Ariane dont il dispose pour remonter leur piste.

Arrow Au chapitre 24, il essaie de savoir qui est son ravisseur : le Révérend Rigger, que HH désigne sous le sobriquet de Rigor Mortis, qui signifie en latin "la rigidité de la mort" ? Un assistant du département d'art de l'université de Beardsley, Riggs ?

Arrow Au chapitre 28, après deux ans de quête, HH retrouve Lolita, qui vit à Hunter Road (Hunter signifie "chasseur", on retrouve une allusion au titre de la pièce de théâtre, et au nom de l'hôtel où HH et Lolita ont fait l'amour pour la première fois, les Enchanted Hunters : Clare Quilty habite non loin de là (cf chapitre 30 : la géographie a son importance dans le roman), à Pavor Manor (en latin, le Manoir de la Peur).

Voici les combinaisons de mots que j'ai reperées, j'espère que tout cela ne vous semble pas trop tiré par les cheveux... je pense qu'il y a d'autres combinaisons ou significations qui m'ont très probablement échappé, mais encore une fois, je ne prétends pas à l'exhaustivité.

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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeMer 3 Mar - 19:07

J'ai terminé le roman hier soir. J'étais complètement scotché je dois bien l'admettre. Ce roman est fascinant. L'apparition de Quilty est machiavélique. Les petites pistes sont d'une subtilité incroyable.

Je reviens en parler avec vous plus tard ou demain.
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeJeu 4 Mar - 1:15

J'ai lu tous vos échanges. Je suis rudement content de débattre avec vous ! Smile C'est du haut de gamme (je dis ça avec humour, mais en même temps j'y crois sincèrement Smile).

Je ne redirai pas tout ce que vous avez déjà dit. Je trouve vos remarques sur les références littéraires, et sur la désillusion du rêve américain tout à fait passionnant.

Humbert Humbert m'a particulièrement glacé le sang lorsqu'il s'imagine une Lolita II, et une Lolita III, ajoutant de ce fait à l'inceste à la pédophilie.

J'aimerais pour ma part revenir sur le personnage de Quilty. Je ne suis pas d'accord avec toi Lise Bennet. La révélation de sa présence ne tombe pas comme un cheveux sur la soupe. Elle est bien au contraire orchestrée depuis le début, et ce avec une extrême subtilité. Nabokov et Humbert Humbert se sont bien joué de leur lecteur. A ce propos Popila, je ne pense pas que tes analyses onomastiques soient tirées par les cheveux.

Le nom déjà du personnage est intéressant. Il est proche de par se sonorité du mot "guilty" qui signifie "coupable". Ce même nom apparait dès la première partie ! Je ne m'en était pas rendu compte (comment l'aurais-je pu ?). En prison, le narrateur feuillette un livre sur les acteurs, les réalisateurs et les producteurs hollywoodien. HH nous dit :

Citation :
En consultant ce dernier volume hier soir, je fus récompensé par l'une de ces stupéfiantes coïncidences que détestent les logiciens et qu'adorent les poètes.

HH nous donne ensuite l'article de PYM Roland, de QUILTY Clare (!), et de QUINE Dolores. Il nous trompe en nous disant qu'il s'est intéressé au nom de Dolores, car bien entendu il évoque ici son rival. Les pièces de ce même rival ne sont pas anodines : The Little Nymph (La Petite Nymphe), Dark Age (que je n'arrive pas à traduire avec précision : Les Âges obscures ?), Fatherly Love (L'amour paternel), The Strange Mushroom (L'étrange Champignon. Une allusion sexuelle ?). A noter que la colaboratrice de Quilty porte le nom de Vivian Darkbloom, un anagramme de Vladimir Nabokov ! Autre petit clin d'oeil : HH nous dit qu'en plus de ce livre, il y a également La Bible, des Dickens, et A Murder is annonced d'Agatha Christie ! Un meurtre est donc bien annoncé dans ces pages !

Je ne sais pas si vous vous souvenez d'un étrange dialogue (avec de nombreux doubles sens) que HH a avec un homme étrange lorsqu'il se trouve à l'hôtel The Enchanted Hunter. Cet homme est vraisemblablement Quilty. On sait en effet que ce dernier croise le chemin de Lolita à ce moment là. Bien entendu le nom de l'hôtel lui servira pour le titre de la pièce dans laquelle Lolita jouera plus tard. Popila a d'ailleurs très bien analysé les références littéraires que l'on trouvait dans cette pièce.

Quilty fait des apparitions tout au long de la seconde partie du roman.

HH prend Quilty pour un détective privé nommé Trapp (A coup sûr c'est "piège" en anglais, mais je ne sais pas si c'est le cas pour l'allemand). C'est sans doute lui qui porte un masque et qui frappe à la chambre du narrateur pour l'effrayer.

C'est encore Quilty qui passe un coup de fil à HH afin de jouer une partie de tennis avec Lolita.

Dans la lettre de Mona un jeu de mot en français fait référence à l'amant secret de Lolita

Citation :
Ne manque pas de dire à ton amant, Chimène, comme le lac est beau car il faut qu'il t'y mène.

Ce dernier est partout et semble être l'ombre de HH. C'est d'ailleurs une sorte de double en plus dépravé, en plus vulgaire, et en plus bestial. J'adhère totalement à l'interprétation que vous faites sur le meurtre de Quilty. HH tue le pédophile qui est en lui.

Il est aussi intéressant de noter que Lolita l'appelle Que (à lire quiou) c'est à dire "q" en anglais. Le camp où elle se rend est nommé "Camp Q".

Est-ce que ces jeux de pistes sont purement gratuit ? Dans un premier temps, je pense que l'ombre de Quilty est là pour souligner l'angoisse et l'horreur que représente la pédophilie dans le roman. Si HH peut paraitre parfois humain, son double est totalement inquiétant, et bestial. Je pense qu'ils permettent également à Nabokov de montrer qu'il faut déchiffrer les textes littéraires. C'est une plaisir réel de relire l'œuvre et de trouver les allusions littéraires, les clins d'œil...

On reparlera de ce personnage clef lors des débats sur les adaptations. Kubrick et Lyne ont fait des choix totalement différents. Kubrick présente Quilty dès le début du film (il s'agit de la scène de meurtre), et son rôle est particulièrement étoffé. Les critiques ont d'ailleurs souvent reproché ce choix au réalisateur. Lyne au contraire en fait un être absolument concupiscent et angoissant.
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeJeu 4 Mar - 17:07

Damien a écrit:
J'ai lu tous vos échanges. Je suis rudement content de débattre avec vous ! Smile C'est du haut de gamme (je dis ça avec humour, mais en même temps j'y crois sincèrement Smile).
Du haut de gamme : wow ! Razz

Citation :
Humbert Humbert m'a particulièrement glacé le sang lorsqu'il s'imagine une Lolita II, et une Lolita III, ajoutant de ce fait à l'inceste à la pédophilie.
Je n'ai pas trop insisté sur cette dimension incestueuse, mais j'ai remarqué que c'est un aspect qui revenait souvent dans les quelques notes que j'ai prises.

Citation :
J'aimerais pour ma part revenir sur le personnage de Quilty. [...] La révélation de sa présence ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe. Elle est bien au contraire orchestrée depuis le début, et ce avec une extrême subtilité. Nabokov et Humbert Humbert se sont bien joué de leur lecteur.

Le nom déjà du personnage est intéressant. Il est proche de par se sonorité du mot "guilty" qui signifie "coupable". Ce même nom apparait dès la première partie ! Je ne m'en était pas rendu compte (comment l'aurais-je pu ?). En prison, le narrateur feuillette un livre sur les acteurs, les réalisateurs et les producteurs hollywoodien. HH nous dit :

Citation :
En consultant ce dernier volume hier soir, je fus récompensé par l'une de ces stupéfiantes coïncidences que détestent les logiciens et qu'adorent les poètes.

HH nous donne ensuite l'article de PYM Roland, de QUILTY Clare (!), et de QUINE Dolores. Il nous trompe en nous disant qu'il s'est intéressé au nom de Dolores, car bien entendu il évoque ici son rival. Les pièces de ce même rival ne sont pas anodines : The Little Nymph (La Petite Nymphe), Dark Age (que je n'arrive pas à traduire avec précision : Les Âges obscures ?), Fatherly Love (L'amour paternel), The Strange Mushroom (L'étrange Champignon. Une allusion sexuelle ?). A noter que la colaboratrice de Quilty porte le nom de Vivian Darkbloom, un anagramme de Vladimir Nabokov ! Autre petit clin d'oeil : HH nous dit qu'en plus de ce livre, il y a également La Bible, des Dickens, et A Murder is annonced d'Agatha Christie ! Un meurtre est donc bien annoncé dans ces pages !

Tout ce que tu dis là est extrêmement interessant. LOrsque j'ai rédigé mon post hier soir, je l'ai fait à l'aide de mes seules notes, je n'avais pas le livre à ma disposition, mais j'avais noté qu'il y avait dans la Seconde Partie de Lolita des éléments qui permettaient de mieux comprendre ce passage situé dans la Première Partie. Je n'avais pas du tout perçu l'anagramme de Vladimir Nabokov dans le nom de la collaboratrice de Clare Quilty, Vivian Darkbloom ! Quant au nom de Quilty, il m'évoquait bien vaguement quelque chose, mais je n'arrivais pas à déterminer quoi, car je suis une piètre angliciste. Je trouve ton rapprochement avec le terme anglais "guilty", qui signifie "coupable", très séduisant.

Citation :
Je ne sais pas si vous vous souvenez d'un étrange dialogue (avec de nombreux doubles sens) que HH a avec un homme étrange lorsqu'il se trouve à l'hôtel The Enchanted Hunter. Cet homme est vraisemblablement Quilty. On sait en effet que ce dernier croise le chemin de Lolita à ce moment là. Bien entendu le nom de l'hôtel lui servira pour le titre de la pièce dans laquelle Lolita jouera plus tard.

Je n'ai pas relu ce passage après avoir terminé le livre, même si je suis remontée un peu en arrière. Lorsque j'ai lu ce passage pour la première fois, je l'ai trouvé très étrange et je me suis obligée à le relire pour essayer d'y voir plus clair. J'ai pensé que HH était ivre et se parlait à lui-même dans un miroir...

Citation :
Quilty fait des apparitions tout au long de la seconde partie du roman.

HH prend Quilty pour un détective privé nommé Trapp (A coup sûr c'est "piège" en anglais, mais je ne sais pas si c'est le cas pour l'allemand). C'est sans doute lui qui porte un masque et qui frappe à la chambre du narrateur pour l'effrayer.
En fait, c'est en anglais, et ça doit être précisé dans l'édition Folio au moyen d'une note, mais je n'ai pas mon exemplaire de Lolita sur moi ce week-end. Pas imposible que le terme soit le même en allemand ; il y a bien en français le terme "chausse-trappe" qui doit venir de la même racine.

Citation :
C'est encore Quilty qui passe un coup de fil à HH afin de jouer une partie de tennis avec Lolita.
Effectivement.

Citation :
Dans la lettre de Mona un jeu de mot en français fait référence à l'amant secret de Lolita

Citation :
Ne manque pas de dire à ton amant, Chimène, comme le lac est beau car il faut qu'il t'y mène.
Merci pour la citation exacte, je ne l'avais pas notée in extenso. En plus, on a une allusion au Cid de Corneille.

Citation :
Ce dernier est partout et semble être l'ombre de HH. C'est d'ailleurs une sorte de double en plus dépravé, en plus vulgaire, et en plus bestial. J'adhère totalement à l'interprétation que vous faites sur le meurtre de Quilty. HH tue le pédophile qui est en lui.
Je crois que tout ce que tu avances vient effectivement renforcer cette interprétation.

Citation :
Il est aussi intéressant de noter que Lolita l'appelle Que (à lire quiou) c'est à dire "q" en anglais. Le camp où elle se rend est nommé "Camp Q".
J'avais noté le Que, mais pas forcément fait le rapprochement avec le camp Q. Wink

On voit en tout cas que la géographie et les jeux sur les noms sont intimement liés :

Citation :
Est-ce que ces jeux de pistes sont purement gratuits ? [...]Je pense qu'ils permettent [...] à Nabokov de montrer qu'il faut déchiffrer les textes littéraires. C'est une plaisir réel de relire l'œuvre et de trouver les allusions littéraires, les clins d'œil...

Et sinon :

Citation :
On reparlera de ce personnage clef lors des débats sur les adaptations. Kubrick et Lyne ont fait des choix totalement différents. Kubrick présente Quilty dès le début du film (il s'agit de la scène de meurtre), et son rôle est particulièrement étoffé. Les critiques ont d'ailleurs souvent reproché ce choix au réalisateur. Lyne au contraire en fait un être absolument concupiscent et angoissant.
On a effectivement beaucoup reproché à Staley Kubrick d'avoir accordé plus de place à Peter Sellers, l'acteur qui joue Clare Quilty, qu'à James Mason, qui lui incarne Humbert Humbert.

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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeLun 7 Fév - 20:13

J'ai fini ma lecture. Après avoir abandonné quand j'étais ado., trop choquée.
Aujourd'hui, à un âge "mûr", je retiens la langue. J'ai été transportée de bonheur par l'art littéraire de l'auteur.
Je ne pense pas avoir l'érudition nécessaire pour avoir tout compris, sauf que c'est de la haute voltige et qu'on maintient une altitude élevée tout au long du livre.

Sur le fond, je hais profondément ce pédophile et n'arrive pas à voir en lui un homme cultivé. Au contraire, il masque sa vilenie par une cérébralité distante, qui m'a plutôt agaçée. Car dans ce cas là, tout peut se justifier y compris la sublimation pédophile.

Que l'écrivain transcende un sujet abject avec son art, oui. Que le héros transcende son vice avec une culture pseudo-justificatrice, non.

Mais je me dis que Nabokov est aussi pervers que son héros car il a su nous retenir dans ses filets tout au long du livre, malgré le vif dégoût.

Car l'ignominie de HH ne recule devant rien. Quand Lolita exprime son écoeurement, il s'en fiche. C'est Priape réincarné : pas seulement pédophile mais aussi érotomane. Pourtant, on n'effleure même pas la pornographie.

Un délicat, ce Nabokov...


Dernière édition par tina le Lun 7 Fév - 20:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeLun 7 Fév - 20:22

La seconde partie m'a fait l'effet d'être le reflet du psychisme agité du héros. L'errance géographique correspond pour moi à sa mobilité mentale : ses angoisses, culpabilités, jalousies, obsessions malsaines...

Un être profondément perturbé, qui le sait, mais ne peut pas s'en sortir.

La déchéance est programmée. D'accord avec l'idée que son meurtre n'est qu'un suicide déguisé car après, il relâche tout et attend d'être pris.

Il est le premier à être incarcéré en lui-même.

A t-on pitié ?

Moi, non.

Quant à Lolita... Loin d'être une blanche colombe et j'avoue que je ne comprends pas cette passivité. Elle ne semble pas subjuguée par son "père", a conscience d'être victime d'inceste et joue divers personnages équivoques. Instable, aguicheuse et finalement, assez peu crédible (je trouve)


Pour finir, immense chef d'oeuvre. Eprouvant pourtant. On se sent comme dévoré de l'intérieur, crâmé, même si l'auteur a pris soin de nous "protéger" avec une morale plantée en début de roman comme un étendard : l'ogre est enfermé. OUF !


Dernière chose : dans un style plus commun mais puissant, ce livre m'évoque Londre express de Peter Loughran. Angle de vue également criminel puisqu'on va assister, "en live", au crime d'un pédophile. Pour public averti car très violent. Mais quel talent !


PS : je me dis que les grands écrivains sont tous des sorciers !


Wink
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeJeu 8 Nov - 21:14

Je viens de finir ce roman et que dire?
Je le relirais, assurément, pour mieux saisir certaines allusions.
Je ne trouve pas ce roman scandaleux, je m'attendais nettement à pire.

J'ai énormément aimé, et j'avoue avoir versé des larmes pour LUI, à la fin.
J'ai lu vos remarques, qui sont toutes très pertinentes, et que l'on aime ou pas ce roman, on doit bien reconnaître le génie sui habite Nabokov..
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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeVen 9 Nov - 13:01

@ Miss Fairlie : je suis ravie que tu aies aimé ce roman. Wink

Est-ce que tu comptes voir l'adaptation cinématographique avec James Mason ? Question

Je l'ai chez moi depuis des années, mais je retarde le moment de jeter un oeil dessus. scratch

Peut-être parce que je redoute que le film soit trop explicite et moins ambigu que le roman...

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MessageSujet: Re: Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36).   Lolita de Nabokov, Deuxième Partie (ch. 1 à 36). Icon_minitimeVen 9 Nov - 13:19

Popila a écrit:

Est-ce que tu comptes voir l'adaptation cinématographique avec James Mason ? Question
Le Lolita de Kubrick ? Je l'ai trouvé bien, mais moins magistral que le livre. Elle est globalement moins choquante que le livre sur un certain nombre de points.
En revanche, ce qui est dommage, comme tu dis, c'est son manque d'ambigüité. Le livre laisse dans le doute s'il s'agit de la réalité ou des fantasmes de HH ; le film est obligé de choisir, de part sa forme...
Mais j'aimerais beaucoup avoir ton avis !
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