La servante insoumise (The Observations) de Jane Harris

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| Ecosse, 1863. Fuyant une mère indigne et un passé sordide, Bessy Buckley trouve une place de servante dans un manoir isolé auprès de lady Arabella Reid, jeune femme hypersensible. Les deux femmes esseulées nouent une relation d'amitié aussi tendre que complexe. Dans un style alerte et argotique, Bessy fait le récit de son lourd passé et de ses rapports avec sa maîtresse. Premier roman. |
Je suis surprise qu'il n'ait pas plus fait parler de lui, sur la blogosphère ou ailleurs ... J'ai trouvé la trame riche et surtout, très audacieuse. L'histoire se passe en Ecosse au 19ème siècle, on était en droit de s'attendre à du réchauffé, c'est à dire à un énième récit sans grande originalité rendant hommage à une tradition très populaire de la littérature britannique.
Jane Harris s'est dans doute inspiré de Dickens et des soeurs Brontë mais elle a su donner vie à un univers bien particulier.
Je trouve qu'elle a très bien fait de donner la parole à une servante. Bessie vit en marge de la société, et traîne un très lourd passé derrière elle. De nombreux héroines de la littérature britannique (du 19ème siècle) viennent d'un milieu peu élevé. Je pense notamment à Jane Eyre. Mais contrairement à celle-ci, Bessy n'a reçu aucune éducation à proprement parler. Et surtout, malgré son jeune âge (16 ans il me semble ), elle a vécu des expériences assez abominables .
Certaines scènes du roman sont particulièrement dérangeantes. Bessy ne nous cache rien de la noirceur de la vie qu'elle a menée avec sa mère. Mais ce qui est étonnant, et tout à fait réussi selon moi, c'est le fait qu'on ne tombe JAMAIS dans le mélodrame. Bessy est une héroïne incroyablement courageuse et dôtée d'un très fort caractère. Elle ne s'apitoie jamais sur son sort. Les scènes de son passé s'avèrent donc finalement plus touchantes parce qu'elles sont dénuées de tout mélodrame exacerbé. Son histoire est déjà poignante et déchirante, il n'est donc aucunement besoin de sortir les violons ...
La structure du roman est également très intéressante. Ainsi que le ton. Tout au long du récit, on ne sait pas vraiment à quoi nous avons à faire. On hésite entre le roman gothique, à suspens, de moeurs etc. Tout comme ses 2 héroïnes, Bessy et Arabella, l'auteur Jane Harris est passée maître dans l'art de la manipulation. On ne sait plus à quel saint se vouer en la lisant, elle nous mène en bateau constamment.
Sinon, que dire du style ? Je l'ai trouvé très rafraîchissant. Encore une fois, on s'éloigne des classiques du genre. La parole est donnée à une servante qui, même si elle sait lire et noircir des pages, a tendance à écrire comme elle parle. Mais je n'ai pas trouvé cela dérangeant. Au contraire même, son histoire gagne étonamment en fluidité. Les familiarités de Bessy donnent de la couleur au récit. Je n'ai pu compter le nombre de fois où la jeune fille m'a rire ou sourire. Quelle verve, c'est impressionnant !
Pas un roman véritablement inoubliable mais un bon morceau de littérature quand même
