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 Marcel Carné : Quai des brumes

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Akina
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MessageSujet: Marcel Carné : Quai des brumes   Mar 30 Oct - 11:02

A l'occasion de la rétrospective Carné à la Cinémathèque, j'ai vu hier une version restaurée de Quai des Brumes, un film sorti en 1938 qui a soulevé beaucoup de critiques de la part de la censure (pensez-y : un déserteur !), mais qui fut un succès populaire.
Par un brumeux soir d’automne, Jean (Gabin), un soldat de la coloniale déserteur arrive au Havre. Il se retrouve dans un bar clandestin, Panama, tenu par un rêveur, nostalgique de son voyage à Panama, où il croise un alcoolique dont le rêve est de dormir entre des draps, et un peintre dépressif, qui ne peut s’empêcher « de dessiner le noyé derrière chaque nageur ».
Et dans la petite cuisine de Panama, il rencontre Nelly (Michèle Morgan), une jeune fille de 17 ans, qui fugue régulièrement loin de son tuteur, l’étrange, suifeux et détestable Zabel (Michel Simon). C’est le coup de foudre entre Nelly et Jean, mais leur amour sera perturbé par la jalousie de Zabel et de Lucien, un vaurien de bonne famille, auquel elle se refuse.
C’est un film immense, pour lequel j’ai eu le coup de cœur.
Le couple Gabin/Morgan est magnifique. Gabin a une présence incroyable. Quand il est dans une pièce, même silencieux et renfrogné dans son coin, personne ne peut oublier qu’il est là. Et son sourire est tellement chaleureux. Quant à Michèle Morgan, elle semble toute frêle, à côté de lui. Mais elle dégage une énergie fabuleuse dans sa résistance à Zabel et Lucien, comme dans son amour pour Gabin. Et puis, elle a effectivement de très beaux yeux, ce qui ne gâche rien !
Mais je crois que ce qui m’a le plus plu, ce sont les second rôles. Je pense que toute la richesse du film est chez eux. Que ce soit les personnages secondaires « sympathiques », comme Panama, sa générosité et son bon cœur, l’alcoolique tendre et pitoyable, ou le peintre dépressif et philosophe
Spoiler:
 
ou les seconds rôles antipathiques, Zabel, qui a tous les traits du commerçant idéal, mais une perversion répugnante dans l’œil et le comportement, ou Lucien, bellâtre lâche, ils apportent tous une note de légèreté à un film qui serait sans ça très lourd.
L’image est sombre, contrastée, humide. Les bateaux sont immenses, terrifiants, magnifiques. La seule chaleur est à Panama, ou dans les sourires de Gabin et de Michèle Morgan. Et la beauté des répliques, écrites par Prévert, donne toute sa poésie au scénario. L’histoire, les dialogues pourraient être niais (le « T’as d’beaux yeux, tu sais » vient de là), mais l’intensité du jeu de Gabin et Michèle Morgan apporte une part tragique, et l’humour fin et poétique des rôles secondaires dédramatise très vite les scènes les plus « fleur-bleue ».


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MessageSujet: Re: Marcel Carné : Quai des brumes   Mar 30 Oct - 11:45

Akina a écrit:
L'avez vous aimé ?

Houlà... Alors là, pas du tout.
Bon sang, qu'est-ce que c'est poussif, théâtreux, récité, verbeux. Je suis totalement insensible à ce genre de cinéma brumeux, vitreux, etc.... J'arrête là les adjectifs.
En bref : j'aime pas. Au cas où vous z'auriez pas compris.

Il y a de beaux textes réjouissants de "démolition" de ce cinéma-là, auxquels je souscris complètement, signés Truffaut, Rivette, dans les premiers Cahiers du Cinéma. J'adore.
Nan, franchement, t'as de beaux yeux tu sais (ou Atmosphère dans Hotel du Nord), moi, ça me donne des boutons, des pustules, de l'acné, des ulcères...

En fait, le mot qui va le mieux à ce genre de films, c'est : STATIQUE.
Or, cinéma, pour moi, c'est : KINO, c'est-à-dire mouvement.

Je sais, je sais, l'attitude générale (en France, c'est plus rare ailleurs!) c'est de crier au génie. Je vais être encore un peu seule.... Enfin, pas tant que ça: Car , outre ceux pré-cités, un tas de gens très bien en ont parlé pour décortiquer l' aspect figé et faux du cinéma de Marcel Carné (Deleuze, Daney.... ça rassure.).
Bon, s'il y a un 2 trucs à sauver, c'est 1) Gabin. A cette époque-là il était encore bon acteur.
Et 2) Michel Simon qui est un génie quoi qu'il fasse, où qu'il soit.


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Emjy
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MessageSujet: Re: Marcel Carné : Quai des brumes   Mar 30 Oct - 11:55

Je l'ai vu il y a des années (je devais avoir 12 ans ...) et je me souviens avoir aimé. Il faudrait que je le revois pour me (re)faire un avis Very Happy

Merci pour ce topic, Akina Wink

_________________
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Pickwick
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MessageSujet: Re: Marcel Carné : Quai des brumes   Mar 30 Oct - 12:07

Je l'ai vu avec Akina (oui je sais, quelle surprise) et j'ai moi aussi beaucoup aimé.

@ Juniper : je pense que comprend ce qui fait que tu n'as pas aimé. C'est en effet hyper statique et il y a parfois quelque chose d'un petit peu artificiel. En outre, il y a quelque chose dans ce film qui accroche aux bottes (l'ambiance et le nihilisme ambiant). Il n'empêche que je me suis laissé emporter et que le film recèle pour moi de très très beaux moments comme les scènes avec l'artiste aux dialogues sublimes ou le baiser dans la fête foraine (très très beau "embrasse moi" ... "embrasse moi encore" de Michèle Morgan). En outre, j'ai trouvé Gabin dément, Michèle Morgan très bonne aussi et Michel Simon tout simplement ahurissant. J'ai aussi été très sensible à la qualité des dialogues de Prévert. Après, c'est aussi pour moi un cinéma quelque part assez étrange car je pense que les critiques que tu citais l'ont emporté et qu'on ne filme plus comme Carné.

Ce fut tout de même pour moi un très beau voyage.
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Akina
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MessageSujet: Re: Marcel Carné : Quai des brumes   Mar 30 Oct - 12:29

Je comprends tout à fait ce que tu reproches à ce film, Juniper, mais cet aspect justement me touche beaucoup.
C'est du cinéma qui ne vise pas du tout au réalisme, qui est très emprunt de théâtre. Il y a beaucoup de silences dans ce film, les dialogues ne s'enchaînent pas. Et avec de mauvais acteurs, ça serait une catastrophe.
Spoiler:
 
Sauf que voilà, comme le dit Pickwick, ce sont d'excellents acteurs et ils remplissent ces silences de leur talent.
Ce côté un peu hâché (dans les dialogues ou dans la succession des scènes) permet de créer une forme de magie, de fantastique qui m'a beaucoup plu. C'est amusant, je n'ai pas l'habitude de rêver des films que je vois. Et pourtant, cette nuit, j'ai rêvé de ce film, du port du Havre avec les silhouettes imposantes des bateaux ... Il m'a profondément touché.

Mais je comprends très bien que ce côté là du film soit aussi celui qui puisse repousser des gens. C'est clairement une question de goût. Comme tu dis, tu y es insensible. Moi si.
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MessageSujet: Re: Marcel Carné : Quai des brumes   Mar 30 Oct - 12:42

Petite note: Prévert s'était violemment fâché avec Jean Renoir (la chose a été racontée par Carné lui-même) parce que Renoir ne s'était pas gêné pour lui lancer à la figure que Le QUAI DES BRUMES était un film fasciste. tongue
Le film a été mis en chantier sous l'égide de la UFA, firme de production nazie qui dirigeait , sous l'occupation, le cinéma français (Le film de Bertrand Tavernier Laissez passer l'explique assez bien). C'est-à-dire avec la bénédiction de Goebbels (même si, en cours de route, les contrats ont fluctué et changé de mains).
Par ailleurs, il y a, dans le film, Robert Le Vigan (le peintre) qui était un collabo notoire. No
Je sais, ce n'est pas cela qui devrait en faire un mauvais film.
Mais enfin, en ce qui me concerne, ça participe à l'antipathie que j'ai pour ce cinéma-là. Je ne peux pas m'en empêcher. Je précise que ce sont également les nazis qui ont demandé à ce que l'on ne mentionne pas que le personnage est un déserteur.
Tout cela est compliqué, bien sûr. scratch scratch Tout n'est pas tout noir ni tout blanc et cette période est un abîme sans fond pour le cinéma français. Mais c'est bien de, tout de même, rappeler certaines choses. study :

PS : Ce post a été envoyé avant que je puisse lire vos deux précédents... J'y répondrai, promis. Là, faut que j'aille chez le dentiste. Hou... ça promet des grincements (de dents!... 'tention j'ai mal) ce topic !... drunken
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Akina
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MessageSujet: Re: Marcel Carné : Quai des brumes   Mar 30 Oct - 13:08

Bon courage pour le dentiste Wink

J'ai en effet entendu parler de cette réflexion de Renoir, mais je ne la comprends pas car je ne vois pas ce qu'il y a de fasciste dans ce film (à moins qu'on ne considère que tout film présentant comme méchant un type avec une barbe et des cheveux noirs est antisémite, ce qui me semble exagéré).
Au contraire, c'est un film qui prône la désobéissance. Le héros est un déserteur, un humaniste qui explique au début du film qui lui a été terrible de voir mourir un ennemi sur lequel il avait tiré. Nelly prône la désobéissance filiale, refusant l'autorité d'un homme qui a sur elle les droits d'un père.
Les êtres les plus malfaisant sont ceux qui sont le mieux intégrés dans la société : le-gentil-marchand-qui-adore-la-musique-classique et le vaurien-issu-d'une-famille-honorable sont deux êtres profondément répugnants. Au contraire, les marginaux sont les êtres doués d'humanité et de gentillesse. L'acteur qui jouait le peintre a peut être été collabo par la suite, mais le personnage qu'il joue ne prône aucune idée de ce type, bien au contraire.

En ce qui concerne l'histoire de ce film, la Cinémathèque nous a fait un petit discours avant la projection, pour s'extasier de la réussite de leur rénovation de la bande, et pour expliquer l'histoire du film.
Le film date de 1938. Il était prévu au début que le film soit produit par UFA, car Gabbin était sous contrat avec eux. Mais en lisant le scénario, la firme allemande, sous l'impulsion de Goebbels, refusa le film, le trouvant trop immoral (preuve que le film ne promeut pas l'idéologie nazie)
Il fut revendu à un producteur juif, Gregor Rabinovitch, qui était tellement persuadé que le film allait choquer et faire un four qu'il demanda à ne pas être mis sur les crédits du film. Finalement, après le succès populaire, il demanda à être réintégré.
Enfin, c'est la censure et le Ministère de la Guerre qui faillit interdire le film à cause de son idéologie anti-militariste, et qui ne l'accepta qu'à la condition que le mot "déserteur" ne soit jamais prononcé dans le film.

A moins qu'on ne le traite de film "fasciste" puisqu'il a été accusé de promouvoir une idéologie antimilitariste qui contribua aux faibles succès de l'armée française lors de la "drôle de guerre".
Mais personnellement, je trouve peu de points communs entre l'idéologie anti-militariste et l'idéologie fasciste...

Bref, je ne comprends pas ce qu'on peut lui trouver de "fasciste", tant sur son fond que sur son histoire, et je serais ravie que tu éclaires ma lanterne, dès que tes douleurs de dents iront mieux.
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Pickwick
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MessageSujet: Re: Marcel Carné : Quai des brumes   Mar 30 Oct - 13:09

Es-tu certaine de ce que tu avances sur la production de ce film ?

Je m'explique : ce que nous avons vu hier à la cinémathèque est une version restaurée qui correspond au montage voulu initialement par Carné. Nous avons eu droit à quelques interventions des personnes en charge de la restauration notamment sur l'histoire de ce film et justement des aléas de sa production.

Je te cite l'extrait de la page wiki qui correspond à ce que nous avons entendu hier :

"Marcel Carné a expliqué dans ses Mémoires les circonstances dans lesquelles est né le projet de réaliser un film adapté du roman de Pierre Mac Orlan publié en 1927 : c'est Raoul Ploquin, responsable des films français pour l'UFA qui avait demandé au réalisateur de Drôle de drame s'il n'avait pas un sujet de film à proposer à Jean Gabin, alors sous contrat avec la firme allemande. Carné proposa Le Quai des brumes. Gabin et Ploquin, après lecture, estimèrent que l'on pouvait en tirer un film intéressant. Jacques Prévert, qui aimait beaucoup le roman, accepta de participer au projet5.

Carné avait dès le début du projet envisagé de confier le rôle de Nelly à Michèle Morgan, qu'il avait vue dans Gribouille (1937) de Marc Allégret, mais celle-ci était déjà engagée pour le tournage d'un autre film du même réalisateur, Orage (1938)6.

L'action du roman se passe pour l'essentiel à Paris, dans le quartier de Montmartre (et notamment au Lapin Agile) vers 1910. Mais, après avoir visité les studios de l'UFA, Carné craignit que la reconstitution des lieux en studio ne fasse trop lourde, trop théâtrale, et il décida avec Jacques Prévert de déplacer l'action du film dans un port. ils optèrent pour le port de Hambourg7.

Le film ne put être tourné à Hambourg, les services de la propagande allemande ayant exprimé de fortes réserves sur le film. Raoul Ploquin expliqua à Carné que Joseph Goebbels lui-même s'était montré particulièrement hostile à cette histoire de déserteur8. L'UFA refusa donc le tournage du film, dont les droits furent rachetés, en même temps que le contrat qui liait Gabin à la firme allemande, par le producteur Gregor Rabinovitch. Marcel Carné nota dans ses Mémoires ce qu'avait de singulière cette transaction : quatre producteurs s'étaient proposés pour racheter les droits du film, et l'UFA choisit parmi eux le seul qui fut juif (et qui avait fui l'Allemagne nazie en 19339). Le cadre choisi fut finalement le port du Havre.

Les retards pris sur la production du film permirent à Michèle Morgan, qui avait terminé le tournage d'Orage, d'intégrer celui du Quai des brumes10.

En France, le scénario passa le cap de la censure, mais le représentant du Ministère de la guerre demanda que le mot « déserteur » ne fût pas prononcé dans le film
."

J'ai aussi cru comprendre que le film fut l'un des premiers à être censurés par les allemands lors de l'occupation. Tout cela pour dire qu'il me semble qu'il est peut être un peu abusif de condamner ce film à l'aune de relations complexes avec le nazisme alors pourtant qu'il semble qu'il ne leur ait pas du tout plu.

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MessageSujet: Re: Marcel Carné : Quai des brumes   Mer 31 Oct - 1:19

Pickwick a écrit:
il est peut être un peu abusif de condamner ce film à l'aune de relations complexes avec le nazisme alors pourtant qu'il semble qu'il ne leur ait pas du tout plu.

Ah mais... Comme vous y allez ! Je ne condamne pas le film à cause de ça. J'ai même dit, plus haut, que ce n'est pas cela qui influait sur la qualité du film, seulement sur mon peu de sympathie , ce qui n'est pas la même chose.
Je fais bien le distingo entre "le film-son contenu-son esthétique-son turlututu" ET "le contexte historique". M'enfin. Quand même.

Mais, pour en revenir au contexte historique, justement : c'est bien plus compliqué que ça en a l'air...
Les Allemands étaient assez habiles et retors pour "surtout ne pas faire de propagande pro-naze" dans les films français. C'est bien pour cela que les films français financés par la UFA ou la TOBIS (firmes germaniques) ne parlaient jamais de la réalité, des réalités. Aucun film français de ces années-là ne parle des événements en France ou en Europe! Quasiment tout le monde faisait soit du poétique brumeux (suivez mon regard et mes beaux-yeux-tu-sais) soit de la franche pantalonnade (genre les "poilus du régiment", j'invente ce titre, c'est pour donner une idée), soit du régionnalisme, bref, tout sauf du réel. Les Autant-Lara, les Prévert, les Grémillon, les Duvivier, Les Daquin, et Carné bien sûr, se sont tous mis dans le rang. Tout un cinéma que j'exècre, pour ma part, indépendamment de l'Historique. Je les trouve "bourratifs" ces films qui, en effet, nous bourrent bien le mou.

Sauf... sauf certains, des francs-tireurs peu nombreux comme Renoir et ceux du groupe communiste "Octobre". Cela a donné "Toni" sur l'immigration italienne, ou "Le Crime de M. Lange".
C'est là, je pense, qu'il faut comprendre la réaction vive de Renoir. Pour lui, ne pas faire de film militant, de film engagé en cette période troublée, de film traitant du réel en cette horrible décennie, ça équivalait à obéir au maître-mot des Allemands "Faites rêver les foules, endormez-les, faites oublier au public ce qui se passe", c'était baisser la tête, c'était çà faire un film fasciste. C'était obéir, endormir, et se laisser endormir. Voilà comment je comprends la phrase de Renoir.

C'est exact, la UFA n'a pas voulu du sujet de Quai des Brumes parce que ça donnait une image négative d'un militaire et "déprimante" de la vie (toute cette brume, toute cette pluie, ils "navet" pas tort, au fond....)
La UFA préférait donc les friandises qui gommaient le réel et la guerre qui se préparait, bref... RÊVEZ !(c'est réussi avec toi, Akina, Gabin entre même dans ton sommeil façon Freddy).

Exact également que (Raoul? André? je sais plus) Ploquin (le bras armé de la UFA en France) a revendu les droits au prod. indépendant Grégor Rabinovitch, qui était juif et qui, peut-être, en traitant avec les Allemands sur ce film, a pensé qu'il se donnerait une sorte d'assurance-vie ? Je ne connais pas son sort par la suite.
Quant au ministère de la guerre qui demande qu'on ôte le mot "déserteur" du film... En 1938, vous croyez qu'il a eu l'idée tout seul? Il faut savoir que le cinéma français vivait à l'heure allemande depuis 1932-33 !
15 à 20 % des capitaux du cinéma français étaient... allemands. Cela faisait des devises fraîches aux Allemands. Le cinéma français, très apprécié, se vendant fort bien à des pays qui avaient des réticences à acheter du film frontalement allemand. Le label français stimulait les ventes.
Dès le début des années 30, les films français se tournaient à la pelle aux studios de Berlin, on les tournait en 2 versions, allemande et française. Les acteurs faisaient des allers-retours Paris-Berlin comme on fait son marché. Bref, c'était une véritable coopération pour ne pas dire collaboration avant l'heure. Et donc, franchement, je pense qu'on a soufflé l'idée au Ministère de la guerre...

Ce n'est pas fini. Les exploitants français , eux, commençaient à trouver que ça faisait tache, ce logo "UFA" germanique, sur les affiches et les génériques. Du coup, la UFA , toujours avec l'aide empressée de (Raoul-ou-André) Ploquin a inventé l' ACE (Alliance de la Cinématographie Européenne, je cite de mémoire, ce n'est peut-être pas exact mais ce n'est pas loin). Or, qui finançait l'ACE ? la UFA !! Les capitaux étaient les mêmes, de même origine. LE QUAI DES BRUMES a donc été produit par Rabinovitch mais distribué par l'ACE alias la UFA ! Joli tour de passe-passe.
Il n'est pas tout-à-fait exact que la UFA n'a pas aimé le film. Surtout quand il a eu du succès (les foules aiment qu'on leur raconte des mensonges, qu'on leur parle d'autre chose que du réel quand ce réel n'est pas drôle, c'est humain). Les Allemands l'ont même tellement apprécié (même si, officiellement, ils faisaient la fine bouche) qu'ils ont aussitôt engagé le couple Gabin/Morgan dans un autre film LE RECIF DE CORAIL , cette fois clairement sous la bannière UFA.
OUF. Ah.
J'espère avoir été un peu claire. Mes idées commencent à l'être de moins en moins. Il est 2h18 du mat'. Je vais aller me coucher. Je n'ajouterai qu'une chose : Michèle Morgan a des yeux globuleux et de la conjonctivite. Même en N et B, ça se voit.




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Akina
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MessageSujet: Re: Marcel Carné : Quai des brumes   Mer 31 Oct - 7:05

Juniper Sling a écrit:

C'est exact, la UFA n'a pas voulu du sujet de Quai des Brumes parce que ça donnait une image négative d'un militaire et "déprimante" de la vie (toute cette brume, toute cette pluie, ils "navet" pas tort, au fond....)
La UFA préférait donc les friandises qui gommaient le réel et la guerre qui se préparait, bref... RÊVEZ !
Donc tu reconnais que ce film sort du lot et résiste à l'injonction de la propagande nazie.
De plus, je continue de trouver que le message de résistance à l'autorité, prôné par Jean le déserteur et Nelly la fugueuse, est anti-fasciste. Vivre une heure et demi dans la peau de Jean ou de Nelly, comprendre l'angoisse de Jean lorsqu'il explique au camionneur pourquoi il a fui l'armée, pour moi ce sont des arguments contre le nazisme.

Juniper Sling a écrit:

C'est là, je pense, qu'il faut comprendre la réaction vive de Renoir. Pour lui, ne pas faire de film militant, de film engagé en cette période troublée, de film traitant du réel en cette horrible décennie, ça équivalait à obéir au maître-mot des Allemands "Faites rêver les foules, endormez-les, faites oublier au public ce qui se passe", c'était baisser la tête, c'était çà faire un film fasciste. C'était obéir, endormir, et se laisser endormir. Voilà comment je comprends la phrase de Renoir.
Ca, c'est un autre débat qui sera difficile à trancher. Je ne suis pas d'accord avec Renoir, et d'autant plus qu'il a sorti cette même année La Bête Humaine, un film magnifique et dont je me lamenterais qu'il n'ait pas été fait, mais qui n'est pas précisément "engagé" (ou en tout cas, qui l'est encore moins que Quai des Brumes).
Sous prétexte de montée du nazisme, fallait-il vraiment se priver de La Huitième femme de Barbe-Bleue ? de Vous ne l'emporterez pas avec vous ? de La Bête Humaine ? De L'impossible Monsieur Bébé ? La femme du boulanger ?(tous des films sortis en 1938)
Ca serait assassiner un grand pan de notre culture, quand même...
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MessageSujet: Re: Marcel Carné : Quai des brumes   Mer 31 Oct - 8:07

Akina a écrit:
[Sous prétexte de montée du nazisme, fallait-il vraiment se priver de La Huitième femme de Barbe-Bleue ? de Vous ne l'emporterez pas avec vous ? de La Bête Humaine ? De L'impossible Monsieur Bébé ? La femme du boulanger ?(tous des films sortis en 1938)
Ca serait assassiner un grand pan de notre culture, quand même...

Hormis la bête humaine, tu ne cite que des films américains. Les Américains, eux, ont été très peu concernés par la guerre en Europe avant Pearl Harbour fin 41. En 38, ce n'était absolument pas leur problème. Pour les films les plus "précoces" , ce fut en 1940. Correspondant 17 d'Hitchcock , Le Dictateur de Chaplin et une poignée d'autres...

Par ailleurs, je répète que le film a quand même été distribué par une extension de la UFA allemande, des capitaux allemands, donc son aval implicite. Tu sais bien qu'en situation troublée il y a "ce que l'on dit tout haut" et "ce que l'on fait tout bas". Tout bas, La UFA a payé la distribution de ce film.

En France, l'ambiance était particulière quand même, en 38 ! Tu as entendu parler de "La drôle de guerre".
Mais je suis d'accord que c'eût été dommage de se priver de Guitry par exemple, ou de Cocteau.

En même temps, heureusement que Toni, Le Crime de M.Lange, La Grande illusion, La Règle du jeu, tous films de Renoir, existent aussi !!! Et ceux-là sont quand même des charges contre l'etablishment et proposent des alternatives (la communauté dans M.Lange par ex.) , même si c'est sans illusions.
Tu le sais, je suis une formaliste. Dans ce fichu Quai des Brumes, ce n'est évidemment pas cette histoire d'amour d'un déserteur qui me gêne et m'ennuie. Et peut-être même que la poésie de Prévert , ici, est un peu moins "bac à sable" que d'habitude. Non, ce que je trouve repoussant, poussiéreux, figé, c'est la mise en scène raide comme du carton de Carné.
Tout cela à beaucoup beaucoup vieilli. Cette esthétique théâtrale (Trauner, le décorateur, est un génie, mais ce n'est que le décorateur, pas le réalisateur. Il sera beaucoup mieux servi, plus tard, par Billy Wilder!) est étriquée, elle manque de souffle.
Ils sont tous dans le plan fixe à débiter leur texte (où l'on sens poindre une espèce d'auto-satisfaction de la bonne formule, quand même !). Pffff... Tu as raison, la première scène dans le camion est particumièrement éprouvante et donne bien le ton.
Bref, en conclusion, ce genre de mise en scène avec ces personnages "plaqués", ces décors qui le sont tout autant, sans vie, m'est totalement insupportable.

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MessageSujet: Re: Marcel Carné : Quai des brumes   

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