Certains films ont pour thème la solitude, voire le retrait du monde, volontaire ou subi, mais surtout volontaire et subi à la fois.
Certains de ces films mettent en scène le retrait du monde progressif mais définitif de leur protagoniste. C’est le cas de Citizen Kane, le chef d’œuvre d’Orson Welles et probablement l’un des plus beaux films que j’ai jamais eu le plaisir de voir.
Le film s’ouvre sur la mort de Charles Foster Kane, un magnat de la presse qui vit reclus depuis des années dans son immense palais, Xanadu. Alors qu’il exhale son dernier soupir, Kane souffle le mot Rosebud.
Sur les traces d’un reporter, nous partirons à la découverte de la vie fascinante de Kane afin de tenter de déterminer la signification de ce dernier mot si énigmatique. Nous suivrons les interviews des anciens amis et ennemis de Kane (les premiers devenant souvent les seconds) ou de ses ex femmes. Nous assisterons à la fascinante ascension de Kane dans le monde de la presse, son talent, sa force, son charme; nous le verrons manipuler l’opinion, se lancer en politique, réussir et choir; partir à l’assaut du monde … puis renoncer.

Citizen Kane est un tourbillon incroyable, un film d’une maestria quasi inégalée. Welles y démontre le talent de l’un des meilleurs metteurs en scène de l’histoire du cinéma. Le film fourmille d’idées, de chocs visuels, d’images cultes qui ont façonné notre œil de cinéaste et que je trouve très émouvant de voir dans leur première utilisation. C’est enfin l’histoire d’un homme à l’appétit de vie et de reconnaissance insatiable qui, déçu par le monde, décidera finalement de s’en retirer.
Ce film montre le détachement du monde par la création de cette vaste monstruosité qu’est la propriété de Kane: Xanadu. Sorte de palais gothique qui passera tour à tour du manoir de play-boy à la maison monde, pour finir dans la solitude glacée des grandes demeures gothiques à l’anglaise.
Si vous ne la connaissez pas, je vous laisse le bonheur de vous laisser émouvoir par la fin très poétique de ce monument du cinéma.
Citizen Kane a marqué le monde du cinéma et a notamment donné naissance à de nombreux films qui reprendront la représentation graphique de la solitude. Je pense en particulier au très beau There Will be Blood dont la parenté avec Citizen Kane est évidente. Encore une fois, il s’agit du retrait du monde d’un homme qui pourtant aura réussi à le conquérir. J’ai notamment aimé retrouver ce cheminement de celui qui finalement se recroquevillera sur lui-même, isolé dans son château/prison dorée. C’est aussi l’occasion d’observer Daniel Day Lewis au sommet de sa forme et de son art.
Certains autres films comme The Social Network montrent l’ascension d’un homme vers une solitude qui parait encore plus subie et d’autant plus affreuse. Je pense que vous connaissez tous le synopsis de cette libre adaptation de la vie de Mark Zuckerberg, le créateur de facebook.
S’il porte en lui tout ce qui le conduira à s’enfermer dans une tour d’ivoire, la prise de conscience des conséquences de sa réussite et de son élévation sociale vertigineuse n’en seront pas moins poignantes et dévastatrices pour lui. Je pense notamment aux dernières images du film et à son échange avec la jeune avocate qui l’a accompagné tout au long du film.
Partant d’une idée de fond somme toute assez similaire, soit la réussite vertigineuse d’un homme, The Social Network nous montre cette tour d’ivoire sans se référer à l’aspect graphique de l’immense propriété fermée au monde. David Fincher préfère figurer l’isolement de façon virtuelle, comme l’absence possible de toute interaction naturelle, par l’enfermement dans une bulle et l’impossibilité de communiquer avec autrui sans intermédiaires, qu’il s’agisse d’avocats ou d’un écran …
Certains films montrent une figure d’isolement encore plus volontaire. Une sortie du monde qui est un retour vers la nature. C’est notamment Into the Wild the Sean Penn. Plus que l’enfermement d’un homme à la réussite trop vertigineuse, à l’ambition trop dévorante, c’est le choix de ne pas partir à l’assaut du monde humain, mais plutôt de s’en retirer immédiatement, d’aller se dissoudre dans l’immensité de la nature.
Enfin, et c’est là un grand classique du Western, ce mouvement d’enfermement peut s’inverser. Je pense notamment à deux films de Clint Eastwood : Impitoyable et Gran Torino. Ces films s’ouvrent sur un héro vieillissant et retiré du monde. Ils montreront tous deux le retour de ces hommes fatigués dans la sphère des hommes. Mieux vaut rester chez soi …
Et vous, connaissez vous d’autres films qui parlent de l’isolement progressif d’un homme, de réussite ou de déchéances si vertigineuses qu’elles conduisent au ban de l’humanité ?