Voilà longtemps que je n'avais pas autant ri en lisant un roman. Il n'est pas tout nouveau puisqu'il date de 1972 mais alors qu'est-ce que c'est amusant! Tous les détails de cette histoire nous parlent même si c'est désormais une époque dépassée. Le récit a très bien vieilli.
Sheila Levine a dépassé les trente ans, elle est juive, new yorkaise, indépendante, un peu grassouillette, mais...et c'est plus qu'un problème...elle est célibataire. Toute son existence depuis l'enfance ne tient qu'à une chose : trouver un bon mari juif. Non seulement elle y met toute son énergie, mais sa mère, typique maman juive, l'aide dans cette entreprise.
Par dépit, Sheila décide de se suicider. Parce qu'elle est certaine de ne jamais réussir à se marier. Le roman constitue la lettre d'adieu qu'elle laisse à sa famille pour expliquer son geste. Il faut dire qu'elle a tout tenté. Du racolage universitaire, aux soirées électorales, en passant par toutes les fêtes organisées, la location d'une maison de vacances pour "faire des rencontres", le voyage en Europe, etc. Sheila a connu beaucoup d'hommes : des ringards, des sales, des homos, des obsédés, des relativement normaux, même. Mais aucun n'a voulu lui passer la bague au doigt. Elle a même proposé le mariage. Mais l'homme en question a refusé.
La vie à New-York quand on a la vintgtaine c'est chouette. Sheila partageait des appartements minables avec des copines, mais à force de mariages et de déménagements, elle se retrouve seule dans un studio, sans perspectives. Elle choisit d'organiser sa mort et de faire les choses bien.
Cela peut sembler futile et morbide comme histoire, mais le ton et les anecdotes sont drôles et j'ai adoré cette lecture. Parfois j'ai même pensé au style d'humour de Woody Allen. On pense aussi au
Cher disparu de Evelyn Waugh, et il est même cité vers la fin.
Quelques extraits piqués au hasard, pour vous donner un avant-goût :
"
Mon nom est (était) Sheila Levine. Sheila Levine? Avec un nom pareil, on ne s'avise pas d'aller se tuer. Le suicide, c'est vraiment pas casher.
À NYU, la remise des diplômes est à vomir. C'est bien connu. Qu'est-ce qu'on fête? J'ai même pas pris une seule photo pour l'album. Rien de plus déprimant que de penser que j'étais allée à la fac pendant quatre ans pour me retrouver avec un diplôme et toujours pas de mari. Ma mère a dû penser que c'était comme si on avait jeté ma dot aux WC et tiré la chasse.
La surcharge pondérale est une des raisons pour lesquelles je vais me suicider. J'en ai marre des régimes, marre de regarder les autres en bikini. Je me planterais bien un couteau dans le cœur, mais il traverserait sans doute jamais le tissu adipeux.
Maintenant qu'on était tous les deux dans l'enseignement, on avait, Norman et moi, les mêmes emplois du temps ; alors une année, on est allés en tant que mari et femme à Porto Rico pour les vacances [...] ça ma donné un avant-goût de ce que ce serait d'être mariée avec Norman. Exactement ce que je croyais. En fait, ce serait comme être mariée à de l'eau de vaisselle. "
Je le recommande pour rire un peu et s'amuser du destin de cette pauvre Sheila Levine. Toutes les étapes de la vie sont disséquées avec humour, et cela devient surtout cocasse lorsqu'elle se lance dans l'organisation de l'enterrement.
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